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[RP taverne/recueil] Un jour dans la vie d'un Aigle...

Statut
N'est pas ouverte pour d'autres réponses.

Thorondhor

Élève assidu

Les légendes de la Terre du milieu racontent Thorondor, du nom sindarin que donnèrent les elfes au Roi des Aigles, disparut après la fin de la guerre en Bereliand, lorsque finit le Premier Âge du monde... Mais une rumeur prétend qu'il n'a pas disparut pour autant. Il aurait été mandé par Eru Illuvatar même pour une autre mission, très loin dans le temps et l'espace, redonner vie à un jeune homme, avec qui il fusionnerait son corps et son esprit, et de l'envoyer dans une contrée étrange et encore sauvage, rempli d'une magie enfouie...
Cet être hybride vit le jour, et il fut nommé Thorondhor, l'Aigle de la Terre. Il était demeuré Roi des Aigles qui l'avaient suivi en ces terres, mais il allait solitaire. Le peuple des Aigles ne se donne de Roi que pour la guerre, ils restent libres en dehors. Aussi Thorondhor erra longtemps, sans but, dans ces contrées nouvelles. Le feu des Aigles l'habitait toujours, et les vents d'orage grondaient et hurlaient en lui. Il découvrait à la fois ces terres inconnues, et ce qui avait changé en lui.
Il avait l'apparence d'un Grand Aigle de l'âge équivalent à sa nature humaine, et de l'humanité, il avait gardé bras et mains, dissimulés sous ses ailes repliées. Il était capable de parler la langue des hommes comme celle des elfes, et de maintes races. Lorsqu'il prit de l'âge, les plumes de son dos et de ses ailes se changèrent en acier aux reflets mordorés, plus léger que le mithril.
Par des hasards fortuits, Thorondhor prit sous son égide des cités, qui s'en remirent à lui. Ses pérégrinations l'amenèrent un soir d'automne à la croisée des mondes. Là, dans cette ville dont le nom s'est oublié, il avait traîné dans les Tavernes, observateur curieux des mœurs de la contrée. Il y avait fait de curieuses rencontres, et vécu de drôles d'aventures. Ce sont celles-ci qui sont ici contées.
Vyrenzo

Depuis longtemps
Sur un clou accroché,
Ce vieux serpent
Ne siffle plus,
Ne mords plus.
Tout tristement
Remisé, il pend...
Déjà hors d'âge,
Est-il hors d'usage?
J'étends mes serres,
Saisis la lanière
Qui doucement glisse,
Vipère factice...
Je cherche celui
Qui fera l'essai
De ses effets...
Qui s'enfuit?
Demeurez, mais craignez
De tâter de trop près
La mèche de mon fouet
Qui descend, très discret,
Caresser le dos
Du dragon Vyrenzo !

PriissL

Pas un souffle de vent.
Je m'élance en avant
Droit dans le vide,
Epuisé et avide
De faire un arrêt
A l'orée d'une forêt.

Soudain mon vol solitaire
Au-dessus des hêtres
Croise la route d'un être
A la beauté stellaire.

Pas de hâte vaine...
Mais elle va passer!
Je sors mon fouet,
Pour qu'il me l'amène.

Va, arme fidèle.
Enroule-toi,
Reviens avec elle
Auprès de moi...

Comme deux ailes,
Le fouet l'enlace.
Qu'il ne lui fasse
Pas de mal réel.

La lanière revient,
Elle la tient bien.
Alors timidement
J'offre un baiser ardent

Au plus beau Lys...

Passé le brouillard, la grisaille
Se dresse au milieu de l'eau verte
Un château aux hautes murailles
Et un donjon dont la porte entrouverte
M'invite à aller plus avant.
Trompant le guet et les vigiles,
Je passe, oiseau agile,
Comme un souffle de vent.
Comme la brise effeuille les roses
Je vole à la reine qui se tient ici
Un baiser sans qu'elle s'y oppose
Et puis je repartis…
_____________________
"Heureux qui, comme Ulysse,
A fait un beau voyage,
Puis sur le flot propice
A regagné son rivage...

Heureux qui peut s'en aller loin,
Plus haut que le sol bourbeux
Sans souci du lendemain,
L'esprit léger, aventureux
.
Mais plus heureux encore
Celui que le vent ramène
Les soirs sans lune au port
Vers sa bien-aimée reine..."


L'Aigle se blottit contre la belle Reine en murmurant ces vers, et lui rendit son baiser avec tendresse. Cette fois-ci, Ama ne rêvait pas, elle était bien éveillée, et un jeune oiseau ravi la regardait avec un respect infini, les plumes encore humides d'avoir traînées dans l'écume des vagues et la frange des nuages.

Beauty

Un flot sombre et gris
Au fond de ses yeux vit...
Parfois elle est plus douce
Qu'un chant d'eau sur la mousse,
Parfois aussi pleine de rage,
Elle est tempête et orage.
Est-ce une Muse,
Est-ce une reine?
J'attends qu'elle s'amuse
Avec ses cadeaux qui traînent...
Pourvu qu'elle ne me refuse
A cette heure confuse
De lui déposer
Cet amical baiser
La pluie tombe doucement,
Et l'eau ruisselle sur son plumage.
Il court dans le vent,
Et poursuit son voyage.

La route est longue,
Le temps s'écoule.
Un moineau gris
A sa vue s'enfuit.

Mais où va-t-il donc?
Oh, pourquoi fuit-il?
Quelle son de conque
L'appelle hors de son île?

Le voici qui descend
Au ras d'un torrent
Vers l'embouchure
Du fleuve du Silure.

Dans ces méandres
Il passe, rapide
Et il s'en va prendre
Un baiser à kyhd

Il les avait regardé faire,
Lents et terribles à la fois,
Déversant leur colère
Sur l'infortunée proie.

Beauty, fatale et fascinante,
Princess au fouet qui chante ;
Weldan, calme et puissant,
Elfe Noir menaçant...

Ils déchiraient la chair,
Bourreaux aux doigts experts,
Et, magnifiques tortionnaires,
Étanchaient leur soif sanguinaire.

Mais retombée face contre terre,
Luttant pour retrouver la lumière,
Le front dans la poussière,
Gisait la téméraire.

L'Aigle était parfois sentimental,
-Défaut bien rare, mais fatal-
Et du corps inerte de Kyhd, il s'approcha,
La recueillit, inconsciente, entre ses bras.

La Sabreuse frémit au contact des plumes
Contre sa peau noyée d'une écarlate écume.
L'oiseau royal, pris de soudaine compassion,
Soigna ses plaies pour hâter la guérison.

Afin de réconforter la belle Sabreuse,
Victime de son insolence audacieuse,
Oublieux des sarcasmes anciens provoquants,
Thorondhor l'embrassa, la serrant doucement.


À Lapiinette :
Lapiinette
approche ta tête
mon fouet caresse
comme le vent
sur ta joue il laisse
comme un fin ruban

À H.rock
Quel est cette vipère,
Qui siffle et s'abat
Sur ce cher compère
Qui ne le mérite pas?
H.rock, venez là
et dites si celui-là
valait la peine d'un achat?

À Beauty
La plume acérée
Autant que son épée,
Le fouet sorti,
Le pinceau léger:
A toi Beauty
Je donne ce baiser.


L’Aigle vengeur


La taverne du fouet cinglant... Jadis, quand il était encore un très jeune aigle, il en avait été un des habitués, et avait souvent perdu des plumes sous la lanière magistrale des vieux bretteurs... Il n'avait jamais réussi à saisir tous leurs secrets, mais il avait fini par apprendre. C'était avant qu'il ne fasse ce long vol, qui l'avait mené hors du temps et des forêts d'elvenar... A présent, tous ces nouveaux habitués, qu'il aurait pu prendre pour de nouveaux venus, devaient sûrement se demander qu'est ce qu'il faisait là, voyageur tardif et solitaire. Assis dans la pénombre, il observait ces lieux familiers et ces visages inconnus avec curiosité. Des bruits, des rumeurs, des rires et des éclats de voix lui parvenaient… Une animation perpétuelle où il cherchait à retrouver sa place.

C'est alors qu'il la vit. Un frisson glacial parcourut son échine. Quelque chose éclata en lui comme un millier d'étoiles qui lui emplissaient soudain les yeux. Une voix hurla dans sa tête... Non, deux échos, qui le déchiraient comme l'éclair transperce les nuages. Rapides et meurtrières. Voix qu’il n’aurait pas dû écouter.

Je ne peux pas. Pas cette fois.

Tu n'es plus un aiglon, et tu n'as jamais été un lâche ! Qu'est-ce que tu redoutes ?

Un pauvre volatile...

Un Aigle!

C'est une Reine...

Et tu es Roi!

...


Un sourire triste se dessina sur son visage. Le Roi des Aigles prit pris sa forme humaine pour s'avancer vers le comptoir. Jamais auparavant il n'avait fait cela ici. Personne ne le reconnut. Seuls, ses yeux noirs, noirs comme un ciel d'orage, étaient toujours semblables. Il s'abattit sans un bruit sur la Reine Ama et la tira à l'écart. Il apprécia le calme olympien de l'intrépide souveraine, mais aussi la stupeur et la colère qui se lisaient dans son regard.

Ne bougez pas. Silence. Où est-t-il?

Bien sûr, il n'attendit pas la réponse. Son regard l'avait cherché alors même qu'il prononçait ces mots. Il le voyait à présent. Sa main se referma sur Glaurung. Son ancien fouet. Laissé pendu à un clou, dans ce recoin sombre. Il ne prendrait pas celui qu'il portait à présent. Il voulait une arme fidèle à sacrifier...

Il attira la Reine détrônée plus près encore. Et il lui murmura:
Peut être des explications seraient nécessaires? Mais je crois que vous comprendrez à merveille.

Il se pencha alors vers elle, et lui vola un long baiser, passionné. Puis il relâcha son étreinte, fit volte-face, et se tourna vers un jeune chevalier qui devisait au comptoir:
Trahir les reines déchues se paye très cher Sire Peritus . Je pense que vous le comprendrez assez vite.

Mais déjà il s'était transformé à nouveau. Il arracha quelques plumes de ses ailes. Elles étaient d'acier aussi acéré que des sabres. Il les fixa sur son fouet, et d'un mouvement rapide, arracha les frusques qu'il portait fit pleuvoir les coups sur l'échine du perfide chevalier. Le sang gicla, et bientôt il tomba à terre comme une pluie d'automne. Thorondhor n'attendit pas que Sire Peritus lui demande grâce. Il savait que le vieux fouet ne tiendrait plus très longtemps. Il assenna un dernier coup, d'une violence calculée, et tira brusquement. Le fouet claqua, les lanières se déchirèrent. Peritus n'avait ni hurlé grâce, ni gémi.

Dommage, pensa-t-il. Puis, en se retirant, il leur lança:
Sire Peritus, Majesté, ce fut un honneur. Au plaisir!

Bien entendu, il savait que le Sire Peritus se vengerait à son tour, mais il était curieux de voir comment

____________________________

Quand l’eau remplace le mojito…

L’eau coulait doucement. Le verre se remplissait dans un tintement cristallin. L’Aigle reposa maladroitement la carafe. Mû par une espèce d’automatisme, il se redressa, saisit le verre, et passa dans la pièce d’à côté. Son esprit était ailleurs lorsqu’il poussa d’un coup d’aile la porte grinçante.

Dans la taverne, un feu joyeux crépitait, et les flammes dansantes se reflétaient dans les yeux d’Ama, qui se tenait debout devant l’âtre. En voyant l’aigle revenir de la réserve avec son verre d’eau, Ama ne bougea pas tout de suite. Et l’Aigle ne se transforma pas non plus. En cet instant, il restait tout entier le rapace fier et farouche, le Roi gardien de la loi et de l’ordre. Il se tenait droit, un peu raide. Il tendit le verre, et la reine le prit avec une résignation forcée. Pas de mojito ce soir, Thorondhor était certain qu'elle devait déjà s'être servie pour la journée. La jeune femme était morose, peut-être davantage que le rapace.

Les récents événements qui avaient mené à sa condamnation par la cour martiale de Star Fleet Rebels semblaient l’avoir profondément contrariée. Même si son sort était moins terrible qu’elle ne le laissait accroire, la jeune reine avait été atteinte dans son désir d’être respectée, et avait reporté son courroux et son mécontentement sur tous ceux qu’elle en jugeait responsables. L’Aigle n’y échappait pas.

Thorondhor ne tenait pas vraiment rigueur à sa douce reine de son escapade dans les étoiles. A vrai dire, il pouvait comprendre ce que l’espace immense avait de fascinant. Quelques semaines plus tôt, n’avait-il pas emmené lui-même Ama voir les astres dansants au plus haut dans le ciel nocturne ? Il avait seulement rempli son devoir et ramené la Reine aux siens.

Depuis que Ama avait demandé une autorisation pour quitter le territoire rebelle, le Roi des Aigles avait été chargé de veiller sur elle, dût-il aller à l’encontre de sa volonté. Et puis, il y avait cette menace de fouet qui planait. À peine entrée dans la taverne, la Reine avait tenté de faire appel au fouet de la Sabreuse, n’osant s’en prendre en personne à son roi, mais Thorondhor n’avait pas hésité à répliquer en désignant ostensiblement le fouet pendant à sa ceinture. Ce qui ne pouvait être du goût de l’exigeante souveraine...

Les choses avaient repris leur cours, mais l’Aigle ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise face à sa Reine, avec ce verre d’eau à la main… La main...

Bon, voilà que je me transforme à nouveau, songea-t-il.

Ce n’était pas le moment, c’était certain. Il repensa avec inquiétude que cette instabilité n’avait pas toujours été. Comment en était-il arrivé là ? L’Aigle avait fusionné avec un être qui sortait de l’enfance, avant de plonger sur Elvenar… Souvent les traits et les défauts du jeune homme avaient percé sous les plumes de l’Aigle, mais jamais ils n’avaient pris la place de ceux de l’Aigle. C’était avant son exil et son retour en Elvenar. C’était avant que lui, le fils des vents d’orage, ne fasse jouer son fouet pour une autre cause que la sienne, et ne ploie le genou devant une reine dont il ignorait tout. Par le passé, il avait toujours agi comme bon lui semblait. Libre, comme les vents qu’il habite. Maintenant, la flamme, l’étincelle de foudre qui l’animait avait changé de nature. Il avait l’impression qu’on pourrait le prendre pour… Pour un oiseau apprivoisé. Ce qu’il n’était pas. La passion l’avait-il aveuglé à ce point ? Il fallait rappeler à la Reine ce qu’il était avant tout, afin d’être fixé. Qui avait réellement conquis le cœur de la belle souveraine ? Si ce n’était qu’une partie tronquée ou édulcorée de lui-même, il ne l’accepterai pas.

Il posa le verre d’eau sur le comptoir le plus proche.

-J’ai réfléchis, lança-t-il brusquement, mais d'une voix égale. Il y aurait quelques petites choses à mettre au clair.
-Tu me fais peur, mon roi, quand tu commences comme cela.


Il ne répondis pas tout de suite. Il détacha son fouet de sa ceinture, et posa son arme redoutable sur la table. C’était son premier fouet, le plus ancien. Une seule lanière, dont le cuir usé était teintée d’un brun qui ne laissait pas de doutes : cette arme avait un long passé sanglant, et devait avoir connu maintes rixes de taverne. Moins dangereux, mais plus maniable que le nouveau, et d’une portée symbolique. Thorondhor était un fidèle jusque dans le choix de ses armes. L’implacable résolution qui se lisait sur les traits fermés de l’Aigle glaça la Reine. Elle protesta faiblement :
-Tu as promis de ne pas me fouetter… qu'est-ce que tu fais ?

Thorondhor cligna des yeux, et haussa les épaules.
-Je n’ai qu’une seule parole. Mais je n’ai pas fait de serment qui aille dans ce sens. Tout au plus ai-je déclaré l'intention de retirer mes menaces.


Et, à titre d’échauffement, il se saisit de son fouet, et envoya le serpent de cuir faire sauter une bouteille du comptoir, dans un claquement sec. Deux morceaux brisés net, quelques débris, une tache humide sur le sol, c'était tout ce qu'il restait de la flasque de mojito.


Une discussion calme
Ama regarda la bouteille explosée à terre avec un peu d’appréhension. Thorondhor était parfois instable, mais il était cette fois-ci parfaitement maître de lui. Et il la regardait avec une insistance qui finit par la mettre mal à l’aise. Ama voulut partir et tenta de gagner la porte. Une aile se tendit et lui barra le passage dans un cliquetis d’acier.

-Restez-là, ma Reine. J’ai dit qu’il y avait des choses à mettre au clair, vous ne partirez pas sans m’avoir… disons… entendu.

Autour d’eux, les habitués de la taverne commençaient à comprendre ce que leur discussion à mi-voix avait d’étrange. Leurs regards curieux se tournèrent vers l’Aigle et la Reine. Thorondhor s'amusa de leurs murmures intrigués. Mais il lui fallait penser aux choses sérieuses.

Venez, ma Reine, nous serons mieux ailleurs pour ce que nous avons à faire.
Et la Reine n’eut d’autre choix que de se laisser conduire vers l’escalier.

Après avoir descendu quelques marches, Ama balbutia :
Je ne comprends pas très bien ce que tu es en train de faire…

Thorondhor ne put empêcher son regard s'illuminer d'une étincelle de rire silencieux. Il sentait l’angoisse monter chez la souveraine, l’angoisse qui paralysait toute forme de résistance ou de colère.

Je ne vais pas vous conduire dans un cachot obscur, si c’est cela que vous redoutez.

Il fit passer Ama devant lui, et la conduisit dans les dépendances souterraines du Fouet Cinglant. Thorondhor mena la reine à une petite salle voûtée, cave mal située et désaffectée, dont les murs suintaient d’humidité. Il referma la porte derrière lui.

Dans la pénombre, les yeux d’Ama distinguèrent une table, couverte d’objets divers. Une lance de cavalier au fanion déchiré, un poignard persan à la lame courbe et damasquiné, un bouclier écartelé de pourpre et de sable, des fioles de liquide translucide...


La jeune femme commençait à comprendre où Thorondhor l’avait amenée. Une sorte de repaire où l'Aigle se retirait seul, parmi les vestige d'une vie antérieure tourmentée... Son anxiété n’en fut que plus grande. L’Aigle se plaça du côté de la porte, afin de pouvoir contrer toute tentative de fuite. Dos à la muraille humide, il commença :

Ma Reine, il est temps pour moi de vous éclaircir l’esprit sur certains détails. Écoutez-moi. Je ne puis demeurer plus longtemps silencieux là-dessus. Ama, vous avez voulu tirer vengeance de moi, mais vous n’avez pas voulu lever le fouet contre moi en personne. Vous avez tenté de me défendre de recourir à mon tour au fouet contre vous. Mais que cherchez-vous donc ? Désirez-vous un valet auquel on puisse faire payer ses insolences sans crainte ? Je ,e puis être celui-là. Je me suis placé de moi-même à votre service, ne croyez pas que cela fasse de moi un esclave. Je pensais que vous commenciez à savoir qui j’étais, mais vous essayez de me faire oublier ce que je suis. J’ai employé mon arme à votre défense, dès le premier jour où je vous ai connue. Était-ce mon zèle qui vous servait; ou ma déférence qui vous flattait, qui me valut de conquérir votre cœur ? Oh, pourquoi tenter de m’imposer des limites, auxquelles tout fils des Vents d’orage ne saurait s’astreindre ? Ama, j’ai choisi votre service, non une servitude qui me révulse. Je suis le Roi des Aigles, avant d’être votre roi.

Il vous faut sans doute des preuves… tangibles... pour vous détromper à ce sujet.

En disant ces mots, Thorondhor trancha d’un coup de serre les rubans qui fermaient la vêture de sa reine, dénudant son corps jusqu’à la taille. Son autre serre tenait son fouet, au cuir encore imprégné d’alcool. Toutefois, elle n’arrivait toujours pas à croire que Thorondhor lèverait le fouet sur elle. Le rapace pouvait lire dans ses yeux qu’elle ne croyait pas à ce geste inconsidéré. Aussi, une immense détresse envahit le regard de la jeune femme, quand le fouet vint mordre sa chair. Le choc était presque imperceptible, mais elle était comme démultipliée dans sa sensibilité. Une marque légère traversait à présent sa peau rosée. Thorondhor arma à nouveau son bras. Un coup plus fort s’abattit, arrachant un léger cri à sa victime. L’Aigle ferma les yeux. Il serra plus fort encore le manche de son fouet, et le bras d’Ama, qu’il tenait pour éviter qu’elle ne bouge. Il pouvait sentir le corps de la reine se raidir contre la douleur, au fur et à mesure que les coups descendaient sur ses frêles épaules, et que la lanière venait mordre son dos. Il entendait les plaintes venir mourir sur ses lèvres.

Pourtant, Ama ignorait que le rapace retenait ses coups. Non, l’aigle ne déchaînait pas encore la totalité de sa puissance de frappe. Il voulait rester maître des coups qu’il infligeait, maître de leur force, comme de leur direction. L’avantage du fouet à une seule lanière résidait là : il était le prolongement fidèle et précis de lui-même. Et à la fin, il n’y aurait pas de longues traînées de sang sur le sol, pas de perles pourpre ourlant les plaies laissées par le fouet... Il n'entacherait pas ses armes du sang de sa reine : c’était sa façon de répercuter les scrupules d’Ama, qui se refusait à le fouetter elle-même... Quant à ceux qui pourraient l’accuser d’indulgence voire de faiblesse coupable... Les larges ecchymoses qui boursouflaient la peau du dos royal, si lisse quelques instants plus tôt, témoignaient que ce n’était pas un défaut de volonté. Il aurait même été plus facile à l’Aigle de se laisser emporter par la rage forcenée, la frénésie destructrice que donne aux tortionnaires la vue, et surtout l'odeur du sang, que de continuer à vouloir chacun des coups qu’il portait, lentement, l’un après l’autre. Car, lorsqu’il se laissait gagner par l’attrait de la souffrance, le visage de la victime s’effaçait, et devenait indifférent, sa voix et ses cris se perdait dans des sons lointains et anonymes. En cet instant, au contraire, l’Aigle ne quittait pas des yeux le menu visage pâle et décomposé de la reine, et était attentif aux râles qui lui échappaient : il veillait à ne pas dépasser le seuil de douleur qu'il désirait atteindre, et à ne pas y parvenir trop vite. Et il goûtait l’instant où il pourrait encore faire revenir le coup, et où son esprit pouvait encore faiblir, mais où le coup partait tout de même, et où il se sentait reprendre possession de lui-même.


Lorsqu’il arrêta son fouet, la jeune femme qui se tenait face à lui avait un regard changé, et une expression de souffrance physique se lisait dans ses traits altérés. Des larmes brillaient dans ses yeux si fiers d’ordinaire. Elle grelottait de froid, et mais pas assez pour engourdir son corps perclus de douleur. Mais elle ne s’était pas effondrée, et ses mâchoires serrées avaient retenu les cris qu’il s’était attendu à la voir pousser. Même ainsi, le stoïcisme où elle se réfugiait méritait un certain respect, et un sentiment nouveau de fierté emplit l'Aigle. Thorondhor replia son fouet et le remit à sa ceinture. Sa voix était tendue; et vibrait étrangement. Il n’avait encore jamais fouetté de cette façon-là.

C’est fini. J’espère que je n’aurai pas à recommencer.

Il marqua un bref silence. Il se rapprocha d’Ama, posa un long manteau d’hoplite sur ses épaules nues, et l’entoura de ses deux ailes.

Ne restons pas là, vous allez attraper froid.


Il la serra contre sa poitrine aussi fort que le lui permettait l'état où elle se trouvait. Thorondhor plongea à nouveau son regard dans celui de la jeune femme. Son visage d’aigle commença à se dissoudre. Mais cette fois, il pouvait reprendre sa forme humaine sans qu’elle ne fasse oublier celle de l’Aigle impétueux. Du revers de la main, il essuya les larmes de sa reine, et il se pencha pour lui murmurer :

Vous êtes ma reine, non mon tyran. Laissez moi vous offrir ce que je suis, mais n’essayez plus jamais de me le ravir de force.

Et il déposa un baiser fougueux sur les lèvres transies de la reine, comme s’il avait peur de la perdre, après avoir osé porter la main sur elle. Il desserra son étreinte après quelques instants, et lui prit la main pour la mener à la sortie.

Aut tace aut loquere meliora silentio

Je ne ferai pas de longs discours.
Ce soir encore, j'ai le cœur lourd.
Je n'ai rien qui me vienne à t'écrire
Mais j'aurais tant à te dire...
Je ne dis rien mais je pense :
J'aimerai te prendre la main,
Te la serrer fort, en silence,
Qu'on oublie et hier et demain,
Que tu lises dans mes yeux
Tout ce que je ne sais pas dire,
Qu'un peu de lumière et de feu
Dans ton regard vienne luire...
Que je voudrais dépasser les mots,
Impuissant à soulager ton fardeau...
Et pourtant, je suis là, et ce baiser
Que j'ai volé pour toi, je viens te le déposer
 
Dernière édition:

Thorondhor

Élève assidu
Faisons les choses sans hâte... Voici le début d'une petite réception longtemps promise. Que c'est pratique, je ne suis pas en salle de repos ici
@Lancelotlepreu , @Docteur Smith , @Beauty , @kyhd , @deladelo2 , vous êtes mes convives en cette charmante réception en trois temps.

De la poussière, de la cendre, des braises même… L’air devenait tout simplement irrespirable à mesure que l’ascension se poursuivait. Tout du moins, il le devenait pour les deux proies qu’il tenait fermement entre ses serres puissantes. Eût-il pris jadis la croix pour s’en aller outre la mer en Palestine, à Byzance ou en Égypte, eût-il été guerroyer avec l’ost royal dans les plus lointaines contrées, en pieux et preux chevalier, Lancelot n’avait sûrement jamais vu pareil endroit. Il retenait des exclamations de surprise. Quelques grognements lui parvenaient aussi en provenance du Docteur Smith. Les plus hautes gerbes de feu qui jaillissaient du sol, par les crevasses venaient lécher ses habits, roussissant le beau tissu bleu... Quant à l’Aigle, ces monts ardents étaient sa demeure, et le climat volcanique de ce paysage lunaire lui semblait banal.

Lorsqu’il eut passé les nuées ardentes qui s’échappaient le pic principal des Crissaegrim, l’horizon s’éclaircit, et il amorça la descente. Il descendit en piqué, puis se posa avec fracas au sommet de Minas Thoronath.


Thorondhor déposa sur les pavés humides les deux corps enchaînés. Il se pencha sur eux, et leur lança :
Bienvenue à la Tour des Aigles, mes amis. Le lieu le plus reculé d’Elvenar, et mon domaine. J’espère que le voyage ne vous a pas trop déplu ? Il n’est pas fini...

Et en prononçant ces mots, il les poussa dans un tunnel qui descendait dans les entrailles de son repaire. Une étincelle de malice s’alluma dans son regard, alors qu’il regardait le chemin en contrebas. Son dernier convive approchait. Mais il lui restait encore un peu de chemin à gravir.

Il s’engouffra dans la large cavité où il venait de précipiter ses convives. C’était l’entrée ordinaire qu’il empruntait toujours, la porte du bas étant réservée aux visites. Il dépassa vite les deux corps en chute libre. Le passage aboutissait dans un atrium. La pièce était d’un minimalisme spartiate. Les murs de pierre taillée n’étaient éclairés que par d’étroites fenêtres, et quelques torches placées en hauteur. Même les quelques aménagements renforçaient l’austérité du lieu : ces bancs de pierre et ces colonnes nues avaient quelque chose de lugubre et dépouillé. Un bassin de marbre noir avait été creusé sous l’orifice, au centre de la pièce. Une petite fontaine l’alimentait. L’eau qui jaillissait était sulfureuse et fumante, elle venait droit des entrailles de la montagne.

C’est là qu’arrivèrent le docteur et le chevalier, dans un grand fracas, projetant des éclaboussures sur le dallage blanc.

Thorondhor s’avança à leur rencontre :

Ah, j’avais peur que vous ne soyez restés accrochés en route… Installez-vous au mieux. Veuillez m’excuser, j’ai encore des préparatifs à faire… Je n’en ai pas pour longtemps. Pour abréger votre attente, je vous conseille de patienter ici.

Et, tirant sur leurs chaînes, il les sortit de l’eau et les mit debout. Leurs mains étaient solidement liées, mais les entraves de leurs pieds leur laissait la possibilité de marcher. Les laissant reprendre leurs esprits sur le rebord du bassin, Thorondhor sortit par une porte dérobée, qu’il verrouilla. Il traversa sans s’arrêter un petit couloir, et parvint dans le vestibule. À cet instant précis, trois coups résonnèrent, ébranlant la lourde porte de chêne.

Entrez, je n’attendais plus que vous.

Les battants s’écartèrent. Si l’Aigle avait été sous sa forme humaine, un demi-sourire se serait dessiné sur ses lèvres. Mais seuls ses yeux trahirent son contentement.
Princess. Je ne doutais pas que vous viendriez. Soyez la bienvenue à Minas Thoronath.
Il s’inclina avec courtoisie, et s’effaça pour la laisser rentrer.

Bonsoir, volatile. Un drôle d’endroit pour y poser son perchoir.
Avec un sourire narquois, la Princess fit glisser son manteau de ses épaules, et le lui tendit d’un geste péremptoire. Thorondhor ne put faire autrement que de s’en saisir. C’est alors qu’il s’aperçut que la Princess avait revêtu sa robe de plumes… Les couleurs chatoyantes du Lys et l’acier mordoré de l’Aigle y avaient été mêlés, et les écailles de crocodile qui ornaient ses épaulettes ajoutaient au charme si particulier de cette parure. D’un œil faussement innocent, Beauty guettait la réaction de Thorondhor, et ne put cacher sa déception en le voyant rester impassible. À vrai dire, l’Aigle avait déjà une idée…

Il conduisit la Princess dans le couloir, qu’ils traversèrent sans s’y arrêter. La pièce suivante lui réservait un spectacle étonnant.

La pièce était vaste, uniformément dallée de gris. Les murs étaient là encore de pierre taillée. Sa particularité résidait dans sa disposition. Des piliers, des renfoncements, des alcôves la subdivisaient, mais tous les recoins en étaient visibles depuis la porte d’entrée. Dans certains recoins, les murs étaient habillés de lourdes tentures d’étoffe bleu sombre, ou habillés de boiseries scultpées. Mais d’autres parois laissaient la pierre à nu, couverte d’claboussures douteuses ; aux crochets fixés entre les interstices, pendaient, attachés par les poignets, suspendus ou écartelés, des corps inertes, mais bien vivants, que l’œil identifiait mal de cette distance.

Thorondhor désigna d’un signe de tête un fauteuil de cuir, recouvert d’une peau de loup :
Prenez place ici, Princess, je m'occupe de mes autres invités. Servez-vous dans l’armoire derrière cette tenture. Vous trouverez, je crois, de quoi vous désaltérer, si le cœur vous en dit. Il y a déjà un verre sur la table juste devant vous.

Thorondhor retourna dans l’atrium. Le docteur et le chevalier avaient dû faire lentement le tour de la pièce, avant de constater qu’il n’y avait aucune issue. Lorsqu’ils entendirent le déclic du loquet, ils sursautèrent. Le chevalier, furieux d’avoir été ainsi traité, bouillonnait dans son armure pleine d’eau. Le docteur, plus pragmatique, semblait avoir étudié la composition de l’eau, savoir s’il pouvait en tirer quelque substance propre à hâter sa libération… Pour lors, ils s’étaient rassis sur la margelle du bassin.

Thorondhor fit un signe de la tête :
Sire Lancelot, Docteur Smith. Par ici.

Les deux hommes se redressèrent. Le chevalier avait aux lèvres moult injures et malédictions. Thorondhor coupa court aux protestations et récriminations : il saisit le fouet qui pendait à sa ceinture et lança :
Gardez votre souffle, maître paladin. Prenez exemple sur le docteur.
Thorondhor arma rapidement son bras, et cingla la joue de Lancelot, puis enroula les lanières autour de ses chevilles, le faisant tomber à genoux. Il tira le fouet à lui, traînant le chevalier sur le dallage. Il arrima les chaînes du chevalier à celles du docteur. Et il repassa la porte, suivi de ses deux convives forcés.

Lorsque Thorondhor revint dans la grande salle, la Princess commençait à manifester une certaine impatience. Et les proies accrochées au mur reprenaient lentement connaissance. Dans leurs regards inquiets et leurs gestes nerveux, on les devinait occupées à se demander à quel sort elles étaient promises.

Thorondhor alla d’abord ajouter le docteur et le chevalier aux crochets qui leur étaient destinés .Lorsqu’il eut fini, il recula d’un pas, et savoura ce moment. Tous ceux qu’il avait menacé de sa colère se trouvaient réunis. Enfin. Il avait mis du temps à les capturer tous,et le voyage était long jusqu’à sa Tour. Une voix claire le tira de ses pensées :

Thoron, pourquoi Lily n’a-t-elle pas de chaîne ? Pourquoi ce traitement de faveur ?
C’était la voix de la Sabreuse, vibrante de colère et d’indignation.

L’Aigle s’approcha de l’impétueuse jeune femme, et lui glissa :
Chère Kyhd, tu sais bien que Lily m’a fait confiance pour venir seul et librement au Cercle de Pierres… Je me devais de lui rendre la pareille.

Il fit un pas de côté. Il ne souhaitait pas commencer par la Sabreuse. Il alla crochet voisin. Le crocodile qui y était suspendu releva la tête. On lisait dans ses yeux mornes l'expression d'un profond ennui.

Ah, salut, volatile, siffla-t-il. On ne fait pas attendre un dieu, surtout Sobek. Quel manque de respect !

“Ô Dieu Sobek”... Vous voyez que je commence par vous. Prenez cela comme une marque de respect.
Et il décrocha de sa ceinture son fouet aux longues lanières, où étaient fichées solidement ses propres plumes d’acier, effilées pour les rendre plus tranchantes.

Il leva le bras. L’instrument claqua en l’air avant d’enserrer le torse du crocodile. Thorondhor ramena le fouet à lui, d’un coup sec. Des filets de sang coulaient déjà entre les écailles. Puis, rageusement, les coups s’abattirent, d’abord espacés, puis de plus en plus drus. Au fil des mintutes, Deladelo cessait de se débattre. Ses écailles l’avaient peut-être trop protégé de la véritable douleur du fouet, les fois précédentes. Il devait avoir perdu l’habitude… Quoi qu’il en soit, il se tordait de douleur, sa queue fouettait la muraille, et ses mâchoires muselées se contractaient violemment.

Au trente-neuvième coup, Thorondhor replia son fouet :

Un dieu égyptien ne devrait jamais perdre de vue qu’il s’exposera toujours aux railleries des serviteurs des Valar, et de l’Un qui est au-dessus de tous les Trônes, Eru Illùvatar. N’exigez de moi aucun respect à ce titre, ce serait du temps perdu, dont le gaspillage se doit d'être puni. D'ailleurs, tout ceci est un très léger avant-goût de ce qui attend les railleurs...

Et sur ces mots, il se tourna vers le chevalier, qui l'avait poursuivi de ses sarcasmes un certain jour...
À côté du crocodile aux écailles vermeilles, le paladin était devenu soudain très pâle, mais il dardait toujours sur lui son regard furieux.

Sir Lancelot, je vous avait promis que vos propos outrageants auraient leur salaire un jour. Toute insulte demande pardon ou réparation… Vous n’avez demandé nul pardon, c’est donc que vous consentez à donner réparation.
Le fouet seul était impuissant à entamer cette carapace de fer… Aussi son premier geste fut de la lui enlever. Il introduisit une lame entre les plates. En trois coups de dague, il avait tranché les courroies qui tenaient sa cuirasse. De ses serres puissantes, il écarta et arracha le reste, comme s’il décortiquait une noix. Le rapace regarda ensuite le chevalier dépouillé de son ordinaire protection.
Commençons.

Sans perdre un instant de plus, il joignit le geste à la parole. Les doigts de sa main droite étaient toujours crispés autour du manche de son fouet. Il n’avait qu’à lever la main, et à commencer la danse. Serpent, ou plutôt hydre, à la morsure redoutable, le fouet aux lanières sifflantes s’abattit sur le torse du chevalier, cingla son échine, lacéra ses bras. Un léger gémissement échappa au chevalier. L’Aigle continua à frapper. Les coups étaient modérément violents, mais d’une précision sans faille. Il frappait toujours aux mêmes endroits, ouvrant des plaies profondes, puis variait un peu l’angle.
Il s’arrêta lorsque le chevalier exsangue fut au bord de la pâmoison.


Raillez-moi une fois encore, et vous saurez ce qu’il en coûte réellement de me provoquer. J’ai été clément, cette fois, car je veux vous croire homme de valeur, inconscient seulement qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années....
Comme je n’ai rien de plus à vous reprocher, pour le moment….

D’un geste vif, il fit tomber les chaînes de Lancelot, qui retomba au sol.
Je vous rend votre liberté.

Le chevalier se releva lentement :

Merci de votre bonté d'âme mais j'aurai une requête…

Laquelle ?

Que vous libériez également mon compagnon d'infortune @Docteur Smith.

L’aigle détourna la tête, et réfléchit. Pourquoi avait-il amené le Docteur ici ? Pas pour soigner les autres convives, c’était sa seule certitude… Ce ne devait pas être pour un motif très important, à moins que… Thorondhor fit un geste évasif. Il se souvenait.


Quand j'en aurais fini avec lui, pas avant.

L’Aigle se dirigea vers une alcôve voisine, et ouvrit un placard. Il en sortit un fouet semblable à celui qu’il tenait encore à la main, mais dont les lanières de cuir noirci se prolongeaient en fils métalliques. Il plongea le fouet en question dans un brasier voisin. Il attendit quelques minutes, puis le retira des braises rougeoyantes. La poignée était très chaude dans sa main, mais la température restait supportable. Il retourna vers le docteur.

Vous allez être ma victime pour un prétexte bien futile… On ne lève jamais le fouet sur la reine Ama sans qu’il n’y ait de conséquences, voilà tout. Une simple question de principe.
Il esquissa un geste d'impuissance.
Oh, je reconnais, vous ne faisiez que vous défendre… Mais que voulez-vous, c’est ainsi. Personnellement, je vous trouve plutôt sympathique. Aussi, je vous offre le remède en même temps que le mal.

Il fit décrire à son fouet un ample arc de cercle, et l’abattit avec force sur le corps du malheureux. Les lanières déchirèrent le vêtement,mais les plaies qu’elles ouvrirent furent aussitôt cautérisées. Seul un filet de sang courait le long de l’échine du docteur.

Coup pour coup, rien de plus pour cette fois-ci.

Il tourna légèrement la tête. La Princess, dans son dos, affichait un sourire narquois. Il en fallait bien plus que cela pour l'impressionner. Thorondhor le savait, et agirait en conséquence. Et la Sabreuse attendait toujours que l’Aigle revienne vers elle.
Le cri de douleur qu’avait poussé Smith résonnait encore sous les voûtes de basalte, quand ses chaînes tombèrent au sol, et que le docteur se retrouva relâché au sol.
Vous voici libre. Mais vous attendrez ici que je vous puisse vous raccompagner.

Thorondhor s’éloigna à pas lents de lui. Une lassitude soudaine commençait à envahir ses membres, comme le froid qui descend et gèle. Tant de coups répétés commençait à être répétitif… Le besoin d’un changement se faisait sentir. Il retourna dans l’alcôve, et remis son fouet dans le brasier. Puis il ressortit du même meuble quelques flacons, et un fouet aux lanières de chanvre. Il ouvrit l’un des flacons pour vérifier son contenu, et parut satisfait.

Beauty, nonchalamment, jouait avec son verre sur le rebord de la table :
Si tu m’as faite venir si loin pour si peu…

Thorondhor ne répondit pas. Il se doutait que la Princess possédait une certaine habitude des coups et des cris, de sorte que ces amusements légers la laissaient de marbre...
Dans le creux de sa main, il versa l’élixir noir et visqueux qui s’écoulait du flacon ouvert. Il imprégna trois doigts de cette substance, les passa le long des lanières de son fouet, comme s’il caressait la corde, avec une minutie inattendue. Ensuite, il lava ses mains dans une vasque d’étain.

Puis, il se tourna la Sabreuse, et observa ce corps qui pendait au bout de deux bras écartés et enchaînés. Il évalua la résistance de la Sabreuse. Visiblement, son impatience s’était transformé en une douloureuse attente. Son inconfortable position gênait sa respiration, ses poignets étaient à vif, et la tension jointe à l’immobilité qui lui était infligée commençaient à avoir raison de sa fougue ordinaire. Cela ne plaisait pas à l’Aigle. Comment le châtiment aurait-il été efficace, si elle n’en était pas pleinement consciente ? Thorondhor prit son fouet habituel, et le pointa vers les crochets de fermeture. D’une torsion de poignet, il dirigea la lanière vers les verrous, et fit jouer le mécanisme. En trois coups, la chaîne se détacha. L’Aigle rattrapa la belle avant qu’elle ne heurte le sol, et la releva. Elle semblait faible et désarmée, ainsi…


La pitié, un instant, faillit le submerger. Il ferma les yeux. Qu’allait-il faire d’elle ? De quel remords sanglant s’apprêtait-il à la déchirer ? Il était encore temps de renoncer à ce fouet. L’Aigle n’était pas un tortionnaire, plutôt un justicier redoutable… La violence et la souffrance étaient des moyens, pas des fins… Fallait-il en passer par là ?

*Oui*, lui répondit une voix dans sa tête. *Que crois-tu donc ? Tu viens de gracier tes deux premières proies. Ce n’est pas ta générosité qu’il faut prouver ici, c’est ta force. La pitié, ici, n’a plus sa place. Retenir sa puissance par la douceur est preuve de force, mais comment veux-tu qu’on connaisse ta puissance, si jamais elle ne se manifeste ? Les faibles aussi s’abstiennent…*

Lorsque l’Aigle rouvrit ses paupières, dans son regard ne transparaissait plus que la flamme qui l’animait. Nulle place à la colère, ni à toute autre passion. Il se pencha vers la Sabreuse, et lui murmura :
Tu voulais que l’Aigle reprenne sa liberté… Tu ne croyais plus en l’oiseau farouche…
Je vais te communiquer une idée infime de la flamme qui ne cessera point de consumer mon esprit et mon corps…


D’un seul coup, il repoussa kyhd contre la muraille. Le choc réveilla ses membres engourdis. Dans le même élan, Thorondhor ramena d’une torsion de l’avant-bras le fouet qu’il n’avait pas lâché, et arma son bras. Le fouet s’abattit sur la Sabreuse avec une telle vitesse qu’elle n’avait pas encore fait un geste. Elle était à nouveau immobilisée. D’une secousse, Thorondhor la força à tomber à genoux, le corps penché en avant. Sans lâcher son premier fouet, il se saisit du second. Le fouet au chanvre épais qu’il avait attentivement préparé. Il noua au bout des lanières de petits crochets semblables à des hameçons. Puis, il commença sa danse lente et douloureuse. La corde frappait la peau avec des coups lourds et les harpons labouraient la chair, ouvrant des sillons sanglants. Chaque fois que son poignet achevait un nouvel arc de cercle, des lambeaux d’étoffe et de peau tombaient pêle-mêle. Mais le pire dans tout cela n’était pas ce dos écorché. C’était l’insupportable sensation de brûlure que donnait l’élixir répandu sur les plaies par la corde traînante… Un gémissement sourd, des plaintes faibles, puis des râles… Au dix-septième coup seulement, Thorondhor s’arrêta. Il croisa les bras, et regarda kyhd se tordre de douleur : un rictus désespéré déformait son visage d'ordinaire si agréable à regarder, et la fière Sabreuse luttait en vain contre ce feu qu'elle ne pouvait ni voir, ni circonscrire.
L’Aigle s’approcha pour démêler les lanières qui retenaient la Sabreuse. Les contorsions que provoquaient l’élixir lui feraient perdre bien trop de sang, car les entrelacs de cuir se resserraient autour d’elle à chaque effort, ouvrant davantage ses plaies.
Ses mains défirent rapidement les nœuds, et son regard croisa brièvement celui de sa victime. Ce qu’il y lut n’était que souffrance pure, et pourtant, il savait qu’il venait de regagner son respect. Il la laissa s’appuyer contre la muraille pour se relever, tremblante.
Il savait que Beauty l’attendait à présent : il retourna vers la Princess sans plus attendre. Il avait terminé avec tous les autres convives, et pourtant le plus éprouvant restait à venir.
Beauty s’était levée, et arpentait la salle avec impatience. Elle s’était sans doute r approchée pour jouir du supplice de la Sabreuse… Thorondhor s’inclina légèrement :

Je suis tout à vous, à présent, Princess.

Le sourire qu’elle esquissa le renseigna sur ses dispositions :
Il était grand temps ! Je commençais à prendre racine sur cet inconfortable siège...

Provoquer l’impatience et l’exaspération d’une Princess, n’est-ce pas déjà la torturer mentalement ? Vous êtes déjà tellement rompue à ces genres de choses, qu’il faut parfois savoir varier les plaisirs…


Dois-je comprendre, Volatile, que je n’aurais pas droit…

Un léger rire lui échappa.
Ne croyez pas cela, Princess. Ce soir, vous aurez tous les droits. Spécialement celui de goûter la souffrance que vous prisez tant…

Et Thorondhor recula brusquement, leva son bras encore armé du fouet qui entravait Khyd quelques instants auparavant. Son poignet effectua une légère torsion, pour permettre aux lanières d’entourer efficacement la taille de la Princess, sa poitrine, et de retenir ses mains. Beauty comprit alors quelle erreur elle avait commise, de venir vêtue de sa robe de plumes… Sous un certain angle de pression, les extrémités des plumes d’acier qu’elle avait fait mêler aux plumes de PriissL commençaient à percer sa peau, et à faire perler des gouttelettes vermeilles. Thorondhor resserra encore. Les goutelettes commencèrent à rouler doucement sur la peau diaphane. La Princess grimaça. Ce n’était pas spécialement douloureux, mais ce type de douleur diffuse et mal répartie provoquait généralement une crispation nerveuse.
Sans cesser son mouvement du poignet, il se rapprocha à nouveau de Beauty, si près que leurs fronts se frôlaient presque.


Commençons donc.

Thorondhor tourna tout à fait son poignet, et tira d’un coup sec. Les fils qui tenaient les plumes assemblées se distendirent, puis rompirent dans un tintement mélodieux, tandis que l’acier mordoré griffait son dos nu. L’Aigle hésita une fraction de seconde, puis, d’un revers parfaitement assené à la tempe, il la plongea dans l’inconscience.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était toujours dans la même pièce, mais solidement attachée par des chaînes fines mais visiblement robustes. Elle tournait la tête avec difficulté, pour essayer de comprendre ce qu’il s’était passé. Les lumières de la pièce avaient été éteintes, à l’exception de deux torches, et du brasier qui rougeoyait toujours. Elle était étendu de tout son long, cambrée, maintenue à quelques centimètres au-dessus du sol par par un ensemble de fourches, et l’Aigle venait de se pencher vers elle.
Princess… Quel piètre hôte je fais, n’est ce pas ? Tout n’est qu’austérité et silence ici, et j’ai été si long à ne plus dédier mes soins qu’à vous…
Il sortit avec lenteur le fouet qu’il pensait utiliser. C’était l’habituel fouet à plumes d’acier. Mais il était encore poisseux de sang, et très inapproprié à la circonstance. Une Princess a droit aux meilleurs égards… Il le laissa de côté, et préféra reprendre le fouet aux fils métalliques, qu’il retira du brasier.

J’espère, Princess, que vous aimez la musique.
Les yeux d’acier de Beauty exprimèrent la plus profonde surprise. Thorondhor mélomane ? elle n’eut pas le temps de s’étonner davantage. Un ensemble harmonieux de carillons sonores tinta à ses oreilles. Le fouet se promenait sur la robe de plumes, faisait jouer à l’acier une ultime note, embrasait les plumes avant de les désassembler, tandis que la peau qu’il découvrait se parait de cuisantes entailles aussitôt refermées par le fer brûlant. L'odeur du cuir et du métal chaud se mêlait à celle, plus âpre, du sang. Thorondhor avait toujours trouvé insolite mais enivrante cette sensation de jouissance qui l'accompagnait lorsque c'était lui qui tenait le manche de l'arme, mais il s’en méfiait aussi. Il redoutait de tomber un jour esclave de ce plaisir qu’on pouvait tirer de la puissance d’infliger la souffrance. Peut-être est-ce pour cela qu’il s’arrêta.

La Princess se fendit d’une bravade moqueuse :
Déjà las ? Guère plus endurant qu’un autre… Peut-être n’as-tu pas de raisons suffisantes pour me châtier.
Thorondhor remarqua à sa lèvre déchirée que Beauty avait serré les dents, pour ne pas gémir de douleur aux derniers contacts des lanières ardentes. Il écarta les bras, et secoua la tête :
Des raisons suffisantes… Princess… Il n’y en a que trois, vous le savez, et vous verrez si elles sont suffisantes. La première est de prendre ma revanche du cercle de Pierres. La seconde de vous punir pour vos sarcasmes, quoique je ne puis prétendre y mettre fin. Et la dernière… remonte à très longtemps. Une nuit où vous êtes redevenue, pour le temps d’un supplice, la Princess des fouets qui faisait trembler les éphèbes de la Grèce lointaine. Une nuit où…

La malice fit jaillir dans les yeux de Beauty un éclat furtif. Sa voix ironique reprit :
Une nuit où j’ai fouetté une petite reine pour lui donner satisfaction ? Thoron, tu es tellement prévisible…
Thorondhor abaissa les yeux. Une lueur dangereuse s’alluma dans son regard. Ce n’était jamais bon signe, quand la puissance sauvage de l’aigle passait sous le contrôle de sa partie humaine, plus nerveuse et impulsive. Et tellement plus accessible à la cruauté.
Une nuit où vous avez ignoré la menace de représailles que j’avais émise la veille. Une nuit où vous avez délibérément bravé la protection que j’avais promise à Ama. Une nuit qui n’a jamais été vengée.
Et il tendit le bras vers un objet qu’il avait posé tout contre les fourches. Son dernier fouet.
Beauty ne le distinguait pas encore, mais elle pouvait deviner que ce n’était pas une arme aisée à manier, au vu du poinds u'elle semblait peser. Thorondhor passa son fouet métallisé dans la main gauche, et affermi sa prise autour du manche de sa nouvelle arme. Puis, avant de commencer à frapper, il sussura à l’oreille de la Princess :

Comme il aurait mieux valu que ce soit Ama qui venge cette nuit-là… Elle ne recherche que son plaisir dans les coups de fouet qu’elle donne, mais elle est si vite satisfaite de cris, qu’elle n’aurait pas su jusqu’où aller avec vous, Princess. Au contraire de vous et moi…
Il respira profondément. Le premier, le fouet métallisé s’abattit. Toujours cuisant, encore sonore. Puis, le second. La Princess sentit les chaînes de fer frapper lourdement sa peau à présent à vif. Des chaînes d’apparence fines, mais étonnement pesantes, dont chaque dernier anneau portait une boule de plomb garnie de pointes. Thorondhor ferma à demi les yeux. Le visage de sa victime devenait moins net. Le sang qui coulait le long des cordes et des fourches commença à goutter sur le sol. Le sang commença à gicler après quelques coups. Une frénésie sans précédent la saisit. Les pointes déchiraient les flancs de la Princess sans aucune pitié. De ce corps meurtri, des plaintes étouffées commencèrent à lui parvenir. Un tremblement nerveux parcourut sa nuque. Il respira à nouveau, et ralentit la cadence. Mais ses coups n’en eurent que davantage de force. Un craquement sans équivoque suivit d’un cri lui indiqua une côte brisée. Il continua un peu, en veillant à ne pas dépasser le point critique où la douleur devenait insurmontable à tout l’organisme. Très peu de temps après, il s’arrêta. Le fouet à chaînes pesait lourd et son épaule commençait à fatiguer. La mare brunâtre qui s’écoulait à ses pieds lui apprit qu’il en avait assez fait.

Un râle sourd échappa à Beauty, lorsqu’il la fit pivoter entre les fourches, tirant sur les liens et les membres meurtris. Il la détacha rapidement. Il fallait faire vite, afin qu’elle ne se vide pas entièrement de son sang. Peut-être avait-il présumé les forces de la Princess trop grandes. Sa peau était plus pâle que jamais, ses yeux vitreux avaient perdu cet éclat sauvage qui imposaient un respect forcé. Il l’étendit sur le même fauteuil qu’elle avait occupé quelques heures plus tôt. La fourrure maculée de sang devint vite poisseuse.

Thorondhor arracha quelques fioles de verre dépoli sur une étagère, et une boîte en bois d’ébène. Il ouvrit la petite boîte, et en tira des aiguilles. Les mêmes qui lui avaient servi à confectionner la robe partie en lambeaux. Il versa le contenu de la première fiole dans le creux de sa paume. Puis il commença nettoyer les aiguilles avec. La cautérisation, à ce stade là, aurait été plus douloureuse qu’utile. Il opta pour l’usage d’un élixir verdâtre de sa composition, dont il enduisit soigneusement la pointe de son aiguille, et le fil qu’il comptait utiliser. Puis il fit respirer à la Princess le contenu de sa troisième fiole. Elle sombra aussitôt dans l'inconscience. Il commença à recoudre les plaies de la Princess. Elles n’étaient pas trop nombreuses, car l’Aigle avait pris soin de frapper aux mêmes endroits, mais assez étendues. Cela lui prit un temps assez long, durant lequel il tenta de retrouver son équilibre ordinaire.

Pourtant, lorsque tout fut fini, Beauty crut distinguer les traits d’un jeune homme aux yeux sombres, lorsqu’elle se sentit transporter dans la pièce voisine. Et les lèvres qui soudain vinrent goûter les siennes avant de se retirer lentement n’étaient pas l’illusion de la fièvre…
Les suivants demain... Tout y est maintenant ;)
 
Dernière édition:

Thorondhor

Élève assidu
Oh oui, ça commence à dater !:rolleyes:
Et je suis content et fier que ça te plaise (j'aurais été fouetté durement pour parvenir à ce résultat :p il y a des leçons, comme cela, qu'on retient)
 

DeletedUser4089

Tu ne savais pas kyhd ? Thoron vit sur Vénus, une année y est donc plus courte qu un jour :D:D:D
 

Thorondhor

Élève assidu
Je rentre de temps en temps sur Valinor, dans l'Ouest bienheureux, ça doit être ça:rolleyes:

À côté du crocodile aux écailles vermeilles, le paladin était devenu soudain très pâle, mais il dardait toujours sur lui son regard furieux.

Sir Lancelot, je vous avait promis que vos propos outrageants auraient leur salaire un jour. Toute insulte demande pardon ou réparation… Vous n’avez demandé nul pardon, c’est donc que vous consentez à donner réparation.
Le fouet seul était impuissant à entamer cette carapace de fer… Aussi son premier geste fut de la lui enlever. Il introduisit une lame entre les plates. En trois coups de dague, il avait tranché les courroies qui tenaient sa cuirasse. De ses serres puissantes, il écarta et arracha le reste, comme s’il décortiquait une noix. Le rapace regarda ensuite le chevalier dépouillé de son ordinaire protection.
Commençons.

Sans perdre un instant de plus, il joignit le geste à la parole. Les doigts de sa main droite étaient toujours crispés autour du manche de son fouet. Il n’avait qu’à lever la main, et à commencer la danse. Serpent, ou plutôt hydre, à la morsure redoutable, le fouet aux lanières sifflantes s’abattit sur le torse du chevalier, cingla son échine, lacéra ses bras. Un léger gémissement échappa au chevalier. L’Aigle continua à frapper. Les coups étaient modérément violents, mais d’une précision sans faille. Il frappait toujours aux mêmes endroits, ouvrant des plaies profondes, puis variait un peu l’angle.
Il s’arrêta lorsque le chevalier exsangue fut au bord de la pâmoison.


Raillez-moi une fois encore, et vous saurez ce qu’il en coûte réellement de me provoquer. J’ai été clément, cette fois, car je veux vous croire homme de valeur, inconscient seulement qu’aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années....
Comme je n’ai rien de plus à vous reprocher, pour le moment….

D’un geste vif, il fit tomber les chaînes de Lancelot, qui retomba au sol.
Je vous rend votre liberté.
Ce soir, le 4e, et ce sera la fin de la deuxième partie...
 

Thorondhor

Élève assidu
Mais quelle impatience :p Pour la peine, kyhd et toi passerez à la fin... Le nombre de fouets est bien calculé, inutile de t'inquiéter, Princess
Le cas de @Lancelotlepreu étant réglé, je passe à @Docteur Smith ;)

Le chevalier se releva lentement :

Merci de votre bonté d'âme mais j'aurai une requête…

Laquelle ?

Que vous libériez également mon compagnon d'infortune @Docteur Smith.

L’aigle détourna la tête, et réfléchit. Pourquoi avait-il amené le Docteur ici ? Pas pour soigner les autres convives, c’était sa seule certitude… Ce ne devait pas être pour un motif très important, à moins que… Thorondhor fit un geste évasif. Il se souvenait.


Quand j'en aurais fini avec lui, pas avant.

L’Aigle se dirigea vers une alcôve voisine, et ouvrit un placard. Il en sortit un fouet semblable à celui qu’il tenait encore à la main, mais dont les lanières de cuir noirci se prolongeaient en fils métalliques. Il plongea le fouet en question dans un brasier voisin. Il attendit quelques minutes, puis le retira des braises rougeoyantes. La poignée était très chaude dans sa main, mais la température restait supportable. Il retourna vers le docteur.

Vous allez être ma victime pour un prétexte bien futile… On ne lève jamais le fouet sur la reine Ama sans qu’il n’y ait de conséquences, voilà tout. Une simple question de principe.
Il esquissa un geste d'impuissance.
Oh, je reconnais, vous ne faisiez que vous défendre… Mais que voulez-vous, c’est ainsi. Personnellement, je vous trouve plutôt sympathique. Aussi, je vous offre le remède en même temps que le mal.

Il fit décrire à son fouet un ample arc de cercle, et l’abattit avec force sur le corps du malheureux. Les lanières déchirèrent le vêtement,mais les plaies qu’elles ouvrirent furent aussitôt cautérisées. Seul un filet de sang courait le long de l’échine du docteur.

Coup pour coup, rien de plus pour cette fois-ci.

Il tourna légèrement la tête. La Princess, dans son dos, affichait un sourire narquois. Il en fallait bien plus que cela pour l'impressionner. Thorondhor le savait, et agirait en conséquence. Et la Sabreuse attendait toujours que l’Aigle revienne vers elle.
 

DeletedUser87

Les fesses de Lily sont entrain de s'enraciner dans ce fauteuil bien peu confortable pour des fesses aussi précieuses :eek:
Et je viens de remarquer que @Weldan n'était pas invité à cette petite fête!
 

Thorondhor

Élève assidu
Quelle mauvaise langue... :p pourquoi est-ce que je traîne encore, alors ? Thoron honore sa parole dès lors qu'il le peut.

Le cri de douleur qu’avait poussé Smith résonnait encore sous les voûtes de basalte, quand ses chaînes tombèrent au sol, et que le docteur se retrouva relâché au sol.
Vous voici libre. Mais vous attendrez ici que je vous puisse vous raccompagner.

Thorondhor s’éloigna à pas lents de lui. Une lassitude soudaine commençait à envahir ses membres, comme le froid qui descend et gèle. Tant de coups répétés commençait à être répétitif… Le besoin d’un changement se faisait sentir. Il retourna dans l’alcôve, et remis son fouet dans le brasier. Puis il ressortit du même meuble quelques flacons, et un fouet aux lanières de chanvre. Il ouvrit l’un des flacons pour vérifier son contenu, et parut satisfait.

Beauty, nonchalamment, jouait avec son verre sur le rebord de la table :
Si tu m’as faite venir si loin pour si peu…

Thorondhor ne répondit pas. Il se doutait que la Princess possédait une certaine habitude des coups et des cris, de sorte que ces amusements légers la laissaient de marbre...
Dans le creux de sa main, il versa l’élixir noir et visqueux qui s’écoulait du flacon ouvert. Il imprégna trois doigts de cette substance, les passa le long des lanières de son fouet, comme s’il caressait la corde, avec une minutie inattendue. Ensuite, il lava ses mains dans une vasque d’étain.

Puis, il se tourna la Sabreuse, et observa ce corps qui pendait au bout de deux bras écartés et enchaînés. Il évalua la résistance de la Sabreuse. Visiblement, son impatience s’était transformé en une douloureuse attente. Son inconfortable position gênait sa respiration, ses poignets étaient à vif, et la tension jointe à l’immobilité qui lui était infligée commençaient à avoir raison de sa fougue ordinaire. Cela ne plaisait pas à l’Aigle. Comment le châtiment aurait-il été efficace, si elle n’en était pas pleinement consciente ? Thorondhor prit son fouet habituel, et le pointa vers les crochets de fermeture. D’une torsion de poignet, il dirigea la lanière vers les verrous, et fit jouer le mécanisme. En trois coups, la chaîne se détacha. L’Aigle rattrapa la belle avant qu’elle ne heurte le sol, et la releva. Elle semblait faible et désarmée, ainsi…


La pitié, un instant, faillit le submerger. Il ferma les yeux. Qu’allait-il faire d’elle ? De quel remords sanglant s’apprêtait-il à la déchirer ? Il était encore temps de renoncer à ce fouet. L’Aigle n’était pas un tortionnaire, plutôt un justicier redoutable… La violence et la souffrance étaient des moyens, pas des fins… Fallait-il en passer par là ?

*Oui*, lui répondit une voix dans sa tête. *Que crois-tu donc ? Tu viens de gracier tes deux premières proies. Ce n’est pas ta générosité qu’il faut prouver ici, c’est ta force. La pitié, ici, n’a plus sa place. Retenir sa puissance par la douceur est preuve de force, mais comment veux-tu qu’on connaisse ta puissance, si jamais elle ne se manifeste ? Les faibles aussi s’abstiennent…*

Lorsque l’Aigle rouvrit ses paupières, dans son regard ne transparaissait plus que la flamme qui l’animait. Nulle place à la colère, ni à toute autre passion. Il se pencha vers la Sabreuse, et lui murmura :
Tu voulais que l’Aigle reprenne sa liberté… Tu ne croyais plus en l’oiseau farouche…
Je vais te communiquer une idée infime de la flamme qui ne cessera point de consumer mon esprit et mon corps…


D’un seul coup, il repoussa kyhd contre la muraille. Le choc réveilla ses membres engourdis. Dans le même élan, Thorondhor ramena d’une torsion de l’avant-bras le fouet qu’il n’avait pas lâché, et arma son bras. Le fouet s’abattit sur la Sabreuse avec une telle vitesse qu’elle n’avait pas encore fait un geste. Elle était à nouveau immobilisée. D’une secousse, Thorondhor la força à tomber à genoux, le corps penché en avant. Sans lâcher son premier fouet, il se saisit du second. Le fouet au chanvre épais qu’il avait attentivement préparé. Il noua au bout des lanières de petits crochets semblables à des hameçons. Puis, il commença sa danse lente et douloureuse. La corde frappait la peau avec des coups lourds et les harpons labouraient la chair, ouvrant des sillons sanglants. Chaque fois que son poignet achevait un nouvel arc de cercle, des lambeaux d’étoffe et de peau tombaient pêle-mêle. Mais le pire dans tout cela n’était pas ce dos écorché. C’était l’insupportable sensation de brûlure que donnait l’élixir répandu sur les plaies par la corde traînante… Un gémissement sourd, des plaintes faibles, puis des râles… Au dix-septième coup seulement, Thorondhor s’arrêta. Il croisa les bras, et regarda kyhd se tordre de douleur : un rictus désespéré déformait son visage d'ordinaire si agréable à regarder, et la fière Sabreuse luttait en vain contre ce feu qu'elle ne pouvait ni voir, ni circonscrire.

Le plus dur reste à venir. Les trois derniers pour la Princess... Et là, je vais bien avoir du mal pour lui réserver le traitement qu'elle mérite sans outrepasser les limites que l'Aigle respecte d'ordinaire...
 

kyhd

Graine divine
Pourquoi tant de haine :mad:

Après le Drow et Lily, puis Maxou, voici que toi aussi :eek:

D'un autre côté, j'ai le plaisir de retrouver mon si cher et bel oiseau farouche :)
 

DeletedUser87

Le plus dur reste à venir. Les trois derniers pour la Princess... Et là, je vais bien avoir du mal pour lui réserver le traitement qu'elle mérite sans outrepasser les limites que l'Aigle respecte d'ordinaire...

Du moment que je vis encore après ton dur labeur, j'accepte tout, 'fin ne me défigure pas, histoire que @Weldan continu à me désirer ardemment :p
 
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