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Deleted member 5139

Bondir d'un pas de reculons dans l'échelle du temps...
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Livre XXIII


PÉNÉLOPE RECONNAIT ULYSSE.


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a vénérable Euryclée, transportée de joie, monte à l'appartement de Pénélope pour lui annoncer le retour de son époux bien-aimé : ses genoux font des efforts de jeunesse, et ses pieds vont avec une rapidité extrême. Elle se penche vers la tête de la reine et lui dit :

« Réveille-toi, Pénélope, ma fille chérie, et viens voir de tes propres yeux celui que tu désires depuis tant d'années. Ulysse est de retour ; il est arrivé dans son palais après une si longue absence, et il a tué tous les prétendants qui consumaient ses biens, dévoraient ses richesses, et maltraitaient Télémaque, son glorieux fils. »

Pénélope se réveille aux paroles d'Euryclée.

«Ma chère nourrice, lui dit-elle, les dieux t'ont ravi la raison : ils peuvent souvent du plus sage faire un insensé, et d'un insensé faire un sage. Sans doute ce sont eux qui t'ont frappée de folie, toi qui, jusqu'à présent, me paraissais être remplie de sagesse et de prudence. Pourquoi viens-tu me tromper dans mon affliction en m'annonçant une fausse nouvelle ? Pourquoi viens-tu m'arracher au doux sommeil qui avait enchaîné mes sens et fermé mes paupières ? Je ne m'étais pas encore endormie si profondément depuis qu'Ulysse était parti pour cette funeste ville de Troie dont on ne prononce jamais le nom sans gémir. Euryclée, descends maintenant et retourne à la salle des festins. Si toute autre de mes femmes était venue m'annoncer cette fausse nouvelle et m'arracher au sommeil, je l'aurais renvoyée avec outrage ; mais toi, nourrice, ton grand âge te protège. »

Euryclée réplique aussitôt :

« Non, fille chérie, je ne te trompe point. Ulysse est de retour ; il est maintenant dans son palais, comme je viens de te l'annoncer : c'est l'étranger que les jeunes princes ont si honteusement outragé dans la salle. Télémaque savait depuis longtemps que son père était revenu dans sa patrie ; mais, par prudence, il cachait les desseins d'Ulysse, afin que ce héros pût châtier l'insolence des orgueilleux prétendants. »

Elle dit ; et la reine, ivre de bonheur, quitte promptement sa couche, embrasse Euryclée en versant des larmes, et lui dit :

« Chère nourrice, parle-moi sincèrement ; dis-moi s'il est vrai que mon époux soit de retour, comme tu viens de me l'annoncer ; dis-moi comment, seul, il a pu vaincre ces effrontés prétendants qui étaient toujours en foule dans le palais. »

Euryclée lui répond en disant :

« Je n'ai rien vu, et l'on n'a pas eu le temps de me rien apprendre. J'ai seulement entendu les cris et les gémissements des mourants ; car nous toutes, remplies de crainte et de frayeur, nous étions dans nos superbes appartements dont les portes avaient été fermées avec soin ; nous y restâmes jusqu'au moment où Télémaque, envoyé par son père, vint m'appeler. Je descendis aussitôt, et je trouvai le divin Ulysse entouré de cadavres gisant sur les pavés de la salle, Pénélope, tu aurais été bien joyeuse si tu avais vu ce héros, se tenant au milieu de ces corps inanimés, comme un lion souillé de sang et de poussière. Les cadavres de tous ces jeunes princes sont maintenant entassés près des portes de la cour. Ulysse, qui purifie avec du feu et du soufre la salle des festins, m'a envoyée vers toi pour t'engager à descendre. Suis-moi donc, afin que vous puissiez tous deux vous livrer au bonheur, vous qui avez enduré tant de chagrins et souffert tant de maux ! Ton plus grand désir est maintenant accompli : le divin Ulysse est rentré vivant dans ses foyers ; il te retrouve dans son palais avec son fils, et il s'est vengé d'une manière terrible de tous ces orgueilleux prétendants qui l'avaient si indignement outragé. »

La chaste Pénélope réplique en ces termes :

« Ma chère nourrice, il ne faut pas te réjouir encore. Tu sais combien le retour d'Ulysse serait agréable à tous ceux de sa maison, et à moi surtout, ainsi qu'à Télémaque, notre fils ; mais je ne puis croire à la vérité de tes paroles. Un immortel, irrité contre les fiers prétendants, les aura sans doute tués pour les punir de leurs insolences et de leurs crimes ; car ces jeunes princes ne respectaient personne, ni le méchant ni le juste, et n'accueillaient jamais avec bienveillance celui qui venait leur demander l'hospitalité. Quant à mon époux chéri, il a perdu, loin de l'Achaïe, tout espoir de retour! Ulysse n'est plus ! »

La nourrice Euryclée répond aussitôt en disant :

« O ma fille, quelle parole s'est échappée de tes lèvres ! Ton époux est dans sa demeure, assis auprès du foyer, et tu dis qu il ne reviendra jamais! Mais ton esprit est donc toujours incrédule ? Eh bien ! je vais te donner une preuve plus certaine encore. Tandis que je baignais les pieds de ton époux, je reconnus la cicatrice de la blessure que lui fit jadis un sanglier aux dents d'ivoire ; je voulus d'abord tout te dire, mais il me mit aussitôt la main sur la bouche, et, par cette sage précaution, il m'empêcha de parler. Suis-moi donc, à présent, ô reine ; et si tu trouves que je t'ai trompée, je consens à mourir de la mort la plus triste et la plus déplorable.»

Pénélope l'interrompt et lui dit :

« Chère nourrice, quoique tu saches bien des choses, il ne t'est cependant pas permis de pénétrer les desseins des dieux. Rendons-nous donc auprès de mon fils pour que je voie les prétendants qui sont morts et celui qui les a immolés. »

En disant ces mots, elle descend de ses appartements et se demande si elle interrogera son époux sans l'approcher, ou si elle se jettera dans ses bras et lui baisera les mains et le visage. Quand elle est entrée dans la salle, après avoir franchi le seuil de pierre, elle s'assied en face d'Ulysse, à la lueur de la flamme, contre le mur opposé. Son époux est appuyé contre une haute colonne, les regards baissés, attendant si son épouse, lorsqu'elle l'aura vu, lui adressera la parole. Pénélope reste morne, silencieuse , et son cœur est frappé d'étonnement ; elle regarde Ulysse : tantôt elle le reconnaît, et tantôt elle ne le reconnaît plus sous ses sales haillons. Alors Télémaque, s'adressant à Pénélope, lui dit :

« O ma mère, mère cruelle dont le cœur est toujours insensible, pourquoi t'éloignes-tu ainsi de mon père ? Pourquoi ne t'approches-tu pas de lui pour l'interroger ? Non, sans doute, aucune femme ne s'éloignerait avec autant d'opiniâtreté de son époux, qui, ayant longtemps souffert, reviendrait enfin dans sa patrie après vingt années d'absence ! Mais ton cœur est plus dur que la pierre ! »

La chaste Pénélope lui répond aussitôt :

« Mon fils, je suis tellement surprise, que je ne puis parler à cet homme, ni l'interroger, ni le regarder en face. Pourtant si c'est vraiment Ulysse qui est revenu dans son palais, nous avons pour nous reconnaître des signes qui ne sont connus que de nous seuls et que tous les autres ignorent. »

A ces mots, Ulysse sourit, et, s'adressant à son fils, il lui dit :

« Télémaque, laisse ta mère me mettre à l'épreuve dans cette salle et bientôt elle me reconnaîtra. Comme je suis couvert de haillons et que je porte sur mon corps de hideux vêtements, elle me méprise et pense que je ne suis point son époux. — Réfléchissons maintenant au parti qui nous reste à prendre. Celui qui, parmi le peuple, n'immole qu'un seul homme, un homme pauvre, qui laisse peu de vengeurs après lui, est pourtant contraint de fuir, d'abandonner sa patrie et ses parents ; et nous, nous avons tué ceux qui étaient les remparts de la ville, les plus illustres des jeunes citoyens d'Ithaque. Songe donc, Télémaque, aux moyens d'échapper aux dangers qui nous menacent. »

Le prudent Télémaque dit aussitôt à Ulysse :

« O mon père, il faut que tu y songes toi-même ; car tu es le plus sage des hommes, et aucun mortel n'ose se comparer à toi. Nous sommes prêts à te suivre et nul d'entre nous ne faiblira tant que ses forces ne l'auront pas abandonné. »

Alors l'ingénieux Ulysse répond à son fils :

« Voici le parti qu'il faut prendre. D'abord baignez-vous tous, couvrez-vous de belles tuniques et ordonnez aux femmes de porter leurs parures. Qu'un chantre divin prenne sa lyre sonore et qu'il nous joue de joyeuses danses afin que les passants, les voisins, tous ceux enfin qui l'entendront du dehors pensent qu'on célèbre ici un hyménée, et que le bruit de la mort des prétendants ne se répande pas dans la ville avant que nous nous soyons rendus à la campagne. Là nous attendrons, à l'ombre des bois, ce que nous inspirera le puissant dieu de l'Olympe. »

Il dit ; et tous s'empressent d'obéir. Ils se baignent, se couvrent de belles tuniques, et les femmes portent leurs parures. Le chantre divin s'empare de sa lyre élégamment voûtée ; et, par ses mélodieux accords, il excite en eux le désir de se livrer aux charmes de l'harmonie et aux nobles danses. Bientôt tout le palais retentit des pas cadencés de ces hommes vigoureux et de ces femmes aux belles ceintures. Les passants, étonnés d'entendre ce bruit, se disent :

« Sans doute la reine vient d'épouser un des jeunes princes. La malheureuse ! elle n'a pu conserver son palais jusqu'au retour de, son époux légitime ! »

C'est ainsi que le peuple parlait, ne sachant pas encore ce qui était arrivé. — L'intendante Eurynome, après avoir baigné et parfumé d'essences le corps du magnanime Ulysse, le couvre d'une tunique et d'un manteau. Minerve répand la beauté sur les traits du fils de Laërte : sa taille devient plus grande et plus majestueuse, sa longue chevelure descend de sa tête et flotte sur ses épaules en boucles ondoyantes comme des fleurs d'hyacinthe. De même qu'un ouvrier habile, instruit dans tous les arts par Vulcain et par Minerve-Pallas, entoure d'or l'argent splendide pour créer de magnifiques chefs-d'œuvre : de même la déesse répand la grâce et la beauté sur les épaules d'Ulysse. Semblable à une divinité immortelle, le héros s'éloigne du bain ; il s'assied sur le siège qu'il occupait auparavant, et, placé en face de son épouse, il lui parle en ces termes :

« Femme étrange, les dieux habitants de l'Olympe t'ont donné un cœur bien insensible ! Non, sans doute, aucune mortelle ne s'éloignerait avec autant d'opiniâtreté de son époux, qui, ayant long-temps souffert, reviendrait enfin dans sa patrie après vingt années d'absence ! — Vénérable Euryclée, prépare-moi ma couche, pour que je repose seul ; car la reine renferme dans son sein un cœur de fer ! »

La chaste Pénélope lui répond aussitôt :

« Homme étrange, je n'ai ni orgueil, ni mépris pour personne; mais je n'admire pas outre mesure. Je sais très-bien comment tu étais lorsque tu partis d'Ithaque sur tes navires aux longues rames. Euryclée, hâte-toi donc de préparer en dehors des appartements splendides la couche solide que mon époux construisit lui-même ; sors cette couche, et garnis-la de peaux de chèvres, de couvertures de laine et de riches tapis. »

Pénélope parle ainsi afin d'éprouver Ulysse. Le héros, blessé d'un tel discours, dit à sa chaste épouse :

« Pénélope, tu viens de prononcer une parole qui m'a déchiré le cœur ! Qui donc a déplacé cette couche ? L'homme le plus habile et le plus fort n'aurait pu en venir à bout. Il n'y a qu'une divinité qui ait pu transporter facilement ma couche ailleurs : le mortel même le plus robuste ne pourrait la changer de place. Il existe des secrets merveilleux dans cette couche habilement travaillée : c'est moi seul qui l'ai construite, et nul autre n'y a mis la main. — Dans l'enceinte de la cour s'élevait jadis un superbe et. vigoureux olivier à l'épais feuillage, dont le tronc était aussi gros qu'une colonne. Autour de cet olivier je bâtis la chambre nuptiale avec des pierres étroitement unies ; je la couvris d'un toit et je la fermai par des portes qui se joignaient exactement. Je coupai ensuite le sommet de l'olivier, et, après avoir scié le tronc à partir de sa racine, je le polis tout autour avec l'airain, je l'alignai au cordeau, je le trouai de tous côtés avec une tarière, et j'en formai le pied de ma couche, que je façonnai avec le plus grand soin, et que j'enrichis d'or, d'argent et d'ivoire; puis je tendis en dessous des courroies de cuirs teintes en rouge. Voilà les secrets merveilleux dont je t'ai parlé. Maintenant j'ignore si ma couche est encore à l'endroit où je l'ai laissée, ou si quelqu'un l'a transportée ailleurs en coupant l'olivier à sa racine . »

Il dit. Pénélope sent ses genoux trembler et son cœur défaillir lorsqu'elle reconnaît les signes que lui décrit son époux avec tant d'exactitude ; elle se lève en pleurant, court à Ulysse, lui jette ses bras autour du cou, lui baise la tête et le visage, et lui dit :

« Ne sois point irrité contre moi, cher Ulysse, toi le plus prudent des hommes.

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Les dieux nous ont accablés tous deux de chagrins ; ils nous ont envié le bonheur de passer nos jeunes années l'un près de l'autre et d'atteindre ensemble le seuil de la vieillesse ! Ne me blâme pas, cher époux ; pardonne-moi, je t'en conjure, si, dès que je t'ai vu, je ne me suis pas jetée dans tes bras. Je craignais toujours d'être trompée par les paroles mensongères de quelque voyageur : ils sont nombreux, ceux qui conçoivent dans leur âme des projets funestes ! Jamais l'Argienne Hélène, fille de Jupiter, ne se fût unie d'amour à un homme étranger si elle avait su que les belliqueux fils des Achéens la ramèneraient un jour dans sa patrie ! Mais une divinité de l'Olympe lui inspira le désir de commettre cette action indigne. La belle Hélène ne prévit pas d'abord les suites de cette coupable erreur qui fut la première cause de tous nos maux. Maintenant, cher époux, je te reconnais ; car tu m'as clairement expliqué les signes de notre couche, que nul mortel n'a vue, si ce n'est toi, moi et la suivante Actoris, que m'a donnée mon père quand je vins habiter ce palais, et qui a toujours gardé avec le plus grand soin les portes de la chambre nuptiale. Ulysse, tu as touché mon cœur quoiqu'il soit insensible ! »

A ces mots, le divin Ulysse verse des larmes de tendresse et embrasse avec transport son épouse fidèle et chérie. Telle au milieu d'un naufrage, la terre paraît agréable aux nautoniers dont Neptune a brisé le solide navire dans l'Océan, en excitant contre eux les flots et les tempêtes, et qui, couverts d'écume, échappent en nageant à la mer blanchissante et atteignent bientôt le rivage tant désiré, après avoir fui le trépas : tel, et plus agréable encore, paraît Ulysse à Pénélope, qui entoure de ses bras blancs le cou de son époux bien-aimé. Sans doute l'Aurore aux doigts de rosé les eût trouvés encore se tenant embrassés et pleurant, si Minerve, la déesse aux yeux d'azur, n'avait conçu d'autres pensées. Elle arrête la Nuit dans sa course, retient au milieu des flots de l'Océan la divine Aurore assise sur son trône d'or, et ne lui permet point d'atteler à son char ses coursiers rapides, Lampus et Phaéton, qui portent la lumière aux humains. Alors l'ingénieux Ulysse dit à Pénélope :

« Chère épouse, nous ne sommes point parvenus au terme de nos travaux : il me reste encore une longue carrière de peines à parcourir. Ainsi me le prédit l'ombre de Tirésias le jour où je descendis dans le ténébreux empire pour consulter ce devin sur les moyens de retourner dans ma patrie avec mes compagnons. Chère épouse, allons maintenant sur notre couche, goûter ensemble les douceurs du sommeil. »

La chaste Pénélope lui répond aussitôt :

« Ulysse, ta couche sera prête quand tu le désireras, puisque les dieux t'ont permis de revoir tes belles demeures et ta chère patrie. Mais puisque tu sais, par la volonté des dieux, quelles sont les peines que tu as encore à souffrir, dis-les-moi ; car si je dois les connaître un jour, il vaut mieux que je les apprenne à l'instant. »

L'ingénieux Ulysse réplique en ces termes :

« Infortunée ! pourquoi veux-tu que je te révèle ces tristes prédictions ? Cependant, puisque tu le désires, je te dirai tout, et je ne te cacherai rien. Mais j'affligerai sans doute ton cœur : le mien, chère épouse, est déjà déchiré ! —Tirésias m'a ordonné de parcourir de nombreuses cités, en tenant à la main une rame brillante, jusqu'à ce que je trouve des peuples qui ne connaissent point la mer, des peuples qui ne se nourrissent point d'aliments salés et qui ne possèdent ni navires aux rouges parois, ni rames éclatantes, qui servent d'ailes aux vaisseaux. Il m'a donné un signe certain pour reconnaître ces peuples, et je ne te le cacherai pas. Quand un voyageur, s'offrant à ma vue, me demandera pourquoi je

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porte un van sur mes brillantes épaules, je dois alors planter ma rame dans la terre et sacrifier à Neptune de belles victimes, un bélier, un sanglier mâle et un taureau ; puis m'en retourner dans ma patrie et offrir des hécatombes sacrées à tous les immortels habitants de l'Olympe. Longtemps après, la Mort, sortant du sein des mers, me ravira doucement le jour au milieu d'une paisible vieillesse, et je laisserai après moi des peuples heureux. — Voilà ce que m'a prédit Tirésias, et il a ajouté que cet oracle s'accomplirait. »

La prudente Pénélope répond aussitôt en disant :

« Si les dieux te promettent une longue vieillesse, nous devons espérer que tu échapperas encore à tous ces maux. »

Tandis qu'Ulysse et Pénélope s'entretiennent ainsi, Eurynome et Euryclée se hâtent de préparer, à la lueur des flambeaux, la couche nuptiale, et de la recouvrir d'étoffes fines et moelleuses. Quand ces apprêts sont terminés, Euryclée se retire et s'abandonne au doux sommeil. Eurynome, une torche brillante à la main, conduit les deux époux à leur appartement ; puis elle s'éloigne. Pénélope et Ulysse s'approchent joyeusement de leur ancienne couche .

Télémaque et les deux pasteurs font cesser les danses ; ils ordonnent aux femmes de se retirer chez elles, et ils vont eux-mêmes goûter les charmes du sommeil dans le sombre palais.

Les deux époux, après s'être livrés aux doux épanchements de leur mutuelle tendresse, se plaisent à se raconter réciproquement leurs peines. D'abord, la plus noble des femmes apprend à Ulysse tout ce qu'elle souffrit dans sa propre demeure en voyant la foule des orgueilleux prétendants égorger, sous le prétexte d'obtenir sa main, ses nombreux troupeaux de bœufs et de brebis, et boire son vin aux sombres couleurs. Le divin héros redit à son épouse tous les maux qu'il fit endurer à ses ennemis et toutes les souffrances qu'il supporta lui-même. Pénélope, ravie de l'entendre, ne ferme les paupières que lorsque son époux lui a raconté toutes ses aventures.

Ulysse commence par la défaite des Ciconiens, et dit à Pénélope comment il vint dans le fertile pays des Lotophages ; il lui fait connaître les cruautés du Cyclope et la vengeance qu'il exerça sur ce monstre impitoyable pour le punir d'avoir dévoré ses braves compagnons. Il lui apprend son arrivée chez Éole, qui l'accueillit avec bienveillance et lui donna les moyens de retourner dans sa patrie ; mais il ne devait pas encore revoir ses paisibles foyers : car les tempêtes, l'enlevant de nouveau, le jetèrent, malgré ses gémissements, au milieu de la mer poissonneuse. Il lui raconte son entrée dans la spacieuse Lestrygonie, où périrent ses vaisseaux, ses guerriers aux belles cnémides, et comment lui seul échappa au trépas sur son navire sombre. Il lui dit les ruses et les enchantements de Circé ; sa descente au ténébreux empire, sur un solide vaisseau, pour y consulter l'ombre du Thébain Tirésias ; comment il y trouva ses valeureux amis et celle qui lui donna le jour et le nourrit pendant son enfance. Il lui parle des accents mélodieux des nombreuses Sirènes ; lui décrit les roches errantes et les horribles écueils de Charybde et de Scylla qu'aucun homme n'a jamais pu approcher sans périr. Il lui dit que ses guerriers immolèrent les bœufs consacrés au Soleil, et que Jupiter, qui roule son tonnerre dans les nues, punit cette odieuse impiété en lançant sa foudre éclatante sur son vaisseau rapide et en précipitant tous ses rameurs à la mer : lui seul fut encore sauvé. Il lui raconte aussi qu'il aborda dans l'île d'Ogygie, habitée par la nymphe Calypso ; que cette déesse le retint longtemps dans sa grotte profonde pour qu'il devînt son époux ; qu'elle le combla de biens, lui promit l'immortalité et une éternelle jeunesse ; mais que rien ne put fléchir son cœur. Enfin, il termine son récit en disant qu'il vint, après avoir supporté bien des peines, chez les Phéaciens, qui l'accueillirent avec bienveillance, l'honorèrent comme un immortel, lui donnèrent en abondance de l'airain, de l'or et des vêtements richement tissés, et le ramenèrent heureusement dans sa chère patrie. A peine a-t-il prononcé ces dernières paroles que le doux sommeil, qui délie les membres et chasse les soucis de l'âme, s'empare de lui.

Minerve, la déesse aux yeux d'azur, médite de nouveaux desseins. Quand elle pense que le héros a suffisamment goûté les charmes de l'amour et les douceurs du repos, elle appelle la fille du matin, lui ordonne de sortir des flots de l'Océan, de briller sur son trône d'or et de porter la lumière aux humains. Alors le divin Ulysse abandonne sa couche moelleuse, et dit à Pénélope :

« Chère épouse, nous avons beaucoup souffert tous les deux, toi en pleurant un époux que tu n'espérais plus revoir, moi en supportant, par la volonté céleste, des maux sans nombre et en restant, maigre mon désir, éloigné de ma chère patrie. Maintenant que nous venons de reposer sur cette couche tant désirée, prends soin des richesses que je possède encore dans mon palais. Les troupeaux de bœufs et de brebis que les prétendants m'ont dévorés seront remplacés par ceux que j'enlèverai moi-même aux peuples étrangers, et par ceux que les Achéens me donneront afin que mes étables soient toutes remplies. Je pars à présent pour revoir nos fertiles campagnes et mon vénérable père, qui me regrette toujours et gémit sans cesse. Mais, avant de te quitter, voici ce que je te recommande, quoique pourtant je connaisse ta prudence : le soleil n'aura pas plutôt commencé sa carrière que le bruit de la mort des prétendants se répandra dans la ville ; alors monte, suivie de tes femmes, à tes appartements, et ne regarde ni n'interroge personne. »

En parlant ainsi, il couvre ses épaules d'une riche armure; il réveille Télémaque ainsi que les deux pasteurs, et leur ordonne de prendre des armes de guerre. Ceux-ci s'empressent d'obéir ; ils revêtent l'airain, et, précédés d'Ulysse, ils franchissent les portes et s'éloignent du palais. — Déjà le soleil commençait à éclairer la terre, lorsque Minerve les enveloppa d'un nuage épais et les conduisit rapidement hors de la ville.

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Deleted member 5139

rebonsoir (ça me dit) ou bon matin du dimanche:cool:

y'a pas foule par ici!!!:confused::rolleyes:

alors un texte du désert... un extraits de st-exupéry, avec un aspet visuel autre:eek:


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apres le tit-prine,

extrait de ''Terre des Homme''

Chapitre VI
Dans le désert

De telles douceurs nous étaient interdites quand, pour des semaines, des mois, des années, nous étions, pilotes de ligne du Sahara, prisonniers des sables, naviguant d’un fortin à l’autre, sans revenir. Ce désert n’offrait point d’oasis semblable : jardins et jeunes filles, quelles légendes ! Bien sûr, très loin, là où notre travail une fois achevé nous pourrions revivre, mille jeunes filles nous attendaient.

Bien sûr, là-bas, parmi leurs mangoustes ou leurs livres, elles se composaient avec patience des âmes savoureuses. Bien sûr, elles embellissaient… Mais je connais la solitude. Trois années de désert m’en ont bien enseigné le goût. On ne s’y effraie point d’une jeunesse qui s’use dans un paysage minéral, mais il y apparaît que, loin de soi, c’est le monde entier qui vieillit. Les arbres ont formé leurs fruits, les terres ont sorti leur blé, les femmes déjà sont belles. Mais la saison avance, il faudrait se hâter de rentrer…

Mais la saison a avancé et l’on est retenu au loin…

Et les biens de la terre glissent entre les doigts comme le sable fin des dunes.

(...)

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Goutte de lune

Fierté d'Alvis
Bonjour,

Je te donne ces vers
Charles Baudelaire (1821-1867)
Recueil : Les fleurs du mal (1857).

Sonnet.

Je te donne ces vers afin que si mon nom
Aborde heureusement aux époques lointaines,
Et fait rêver un soir les cervelles humaines,
Vaisseau favorisé par un grand aquilon,

Ta mémoire, pareille aux fables incertaines,
Fatigue le lecteur ainsi qu'un tympanon,
Et par un fraternel et mystique chaînon
Reste comme pendue à mes rimes hautaines ;

Etre maudit à qui, de l'abîme profond
Jusqu'au plus haut du ciel, rien, hors moi, ne répond !
- Ô toi qui, comme une ombre à la trace éphémère,

Foules d'un pied léger et d'un regard serein
Les stupides mortels qui t'ont jugée amère,
Statue aux yeux de jais, grand ange au front d'airain !

Charles Baudelaire.​
 

DeletedUser12178

J'aurai cent ans
Toi un peu moins
Je m'allongerai au chaud
Dans le creux de tes cernes
Comme un retour au berceau
Comme pour mon dernier repos

Je colmaterai l'hiver
De mon rire le plus doux
Je compterai tes rides
Aux commissures des paupières

Je relirai tes rides
Autant de souvenirs qui ne sont qu'à nous
Même si tu les oublies

Même, si tu oublies
Que tu t'oublies
Même, si tu oublies
Que tu m'oublies

Mais j'ai trente ans
Toi un peu moins
Je comprends mal les mots
Que tu veux que je cerne
Comme, un cowboy sans troupeau
Comme, un homme sans ego

J'ai honte, c'est la guerre
Le Cachemire entre nous
Au comble c'est torride
Mais les blessures meurtrières

Arrosons, c'est aride
Je veux cet avenir
Qui ne sera qu'à nous
Aimes-toi, je t'en supplie

Même, si tu oublies
Que tu t'oublies
Même, si tu oublies
Que tu m'oublies

Même, si tu oublies
Que tu t'oublies
Même, si tu oublies
Que tu m'oublies

J'aurai cent ans
par Beyries , Jean Louis Cormier

Parolier Maxime Le Flaguais
 

DeletedUser12178

Titre : Ce qu'on entend sur la montagne
Poète : Victor Hugo (1802-1885)
Recueil : Les feuilles d'automne (1831).

O altitudo !

Avez-vous quelquefois, calme et silencieux,
Monté sur la montagne, en présence des cieux ?
Était-ce aux bords du Sund ? aux côtes de Bretagne ?
Aviez-vous l'océan au pied de la montagne ?
Et là, penché sur l'onde et sur l'immensité,
Calme et silencieux, avez-vous écouté ?

Voici ce qu'on entend : — du moins un jour qu'en rêve
Ma pensée abattit son vol sur une grève,
Et, du sommet d'un mont plongeant au gouffre amer,
Vit d'un côté la terre et de l'autre la mer,
J'écoutai, j'entendis, et jamais voix pareille
Ne sortit d'une bouche et n'émut une oreille.

Ce fut d'abord un bruit large, immense, confus,
Plus vague que le vent dans les arbres touffus,
Plein d'accords éclatants, de suaves murmures,
Doux comme un chant du soir, fort comme un choc d'armures
Quand la sourde mêlée étreint les escadrons
Et souffle, furieuse, aux bouches des clairons.
C'était une musique ineffable et profonde,
Qui, fluide, oscillait sans cesse autour du monde,
Et dans les vastes cieux, par ses flots rajeunis,
Roulait élargissant ses orbes infinis
Jusqu'au fond où son flux s'allait perdre dans l'ombre
Avec le temps, l'espace et la forme et le nombre !
Comme une autre atmosphère épars et débordé,
L'hymne éternel couvrait tout le globe inondé.
Le monde, enveloppé dans cette symphonie,
Comme il vogue dans l'air, voguait dans l'harmonie.

Et pensif, j'écoutais ces harpes de l'éther,
Perdu dans cette voix comme dans une mer.

Bientôt je distinguai, confuses et voilées,
Deux voix dans cette voix l'une à l'autre mêlées,
De la terre et des mers s'épanchant jusqu'au ciel,
Qui chantaient à la fois le chant universel ;
Et je les distinguai dans la rumeur profonde,
Comme on voit deux courants qui se croisent sous l'onde.

L'une venait des mers ; chant de gloire ! hymne heureux !
C'était la voix des flots qui se parlaient entre eux ;
L'autre, qui s'élevait de la terre où nous sommes,
Était triste : c'était le murmure des hommes ;
Et dans ce grand concert, qui chantait jour et nuit,
Chaque onde avait sa voix et chaque homme son bruit.

Or, comme je l'ai dit, l'océan magnifique
Épandait une voix joyeuse et pacifique,
Chantait comme la harpe aux temples de Sion,
Et louait la beauté de la création.
Sa clameur, qu'emportaient la brise et la rafale,
Incessamment vers Dieu montait plus triomphale,
Et chacun de ses flots, que Dieu seul peut dompter,
Quand l'autre avait fini, se levait pour chanter.
Comme ce grand lion dont Daniel fut l'hôte,
L'océan par moments abaissait sa voix haute ;
Et moi je croyais voir, vers le couchant en feu,
Sous sa crinière d'or passer la main de Dieu.

Cependant, à côté de l'auguste fanfare,
L'autre voix, comme un cri de coursier qui s'effare,
Comme le gond rouillé d'une porte d'enfer,
Comme l'archet d'airain sur la lyre de fer,
Grinçait ; et pleurs, et cris, l'injure, l'anathème,
Refus du viatique et refus du baptême,
Et malédiction, et blasphème, et clameur,
Dans le flot tournoyant de l'humaine rumeur
Passaient, comme le soir on voit dans les vallées
De noirs oiseaux de nuit qui s'en vont par volées.
Qu'était-ce que ce bruit dont mille échos vibraient ?
Hélas ! c'était la terre et l'homme qui pleuraient.

Frères ! de ces deux voix étranges, inouïes,
Sans cesse renaissant, sans cesse évanouies,
Qu'écoute l'Eternel durant l'éternité,
L'une disait : NATURE ! et l'autre : HUMANITÉ !

Alors je méditai ; car mon esprit fidèle,
Hélas ! n'avait jamais déployé plus grande aile ;
Dans mon ombre jamais n'avait lui tant de jour ;
Et je rêvai longtemps, contemplant tour à tour,
Après l'abîme obscur que me cachait la lame,
L'autre abîme sans fond qui s'ouvrait dans mon âme.
Et je me demandai pourquoi l'on est ici,
Quel peut être après tout le but de tout ceci,
Que fait l'âme, lequel vaut mieux d'être ou de vivre,
Et pourquoi le Seigneur, qui seul lit à son livre,
Mêle éternellement dans un fatal hymen
Le chant de la nature au cri du genre humain ?

Juillet 1829.
 

Thorondhor

Élève assidu
"As rivers flow and waters fall,
as oceans settle on board of call
your journey onto white shores glide,
and there you'll settle in with pride,
and to the Rangers who honored Gondor,
may your spirits find peace ashore,
and to wife and son and kin may those banks bring bliss with you.
May their sacrifice be a beacon to us all"

Chanson du Lore Tolkien étendu.

"Comme les rivières coulent et les eaux tombent,
Que les océans se déposent au bord de l'appel
Ton voyage glisse vers les rivages blancs,
Et là tu seras établi avec fierté,
et aux Gardes qui ont honoré le Gondor,
Puissent vos esprits trouver la paix à terre,
Et à leurs femme et fils et parents puissent ces rives leur apporter le bonheur.
Que leur sacrifice soit un phare pour nous tous."
 

Thorondhor

Élève assidu
Je n’écris pas pour vous
Mais c’est l’enfant en moi
Qui me dicte des choses
Que je ne comprends pas

Je n‘écris pas pour vous
C’est la blessure en moi
Qui me fait dire des choses
Que je ne pense pas

Je n'écris pas pour vous
C’est la colère en moi
Qui me fait faire des choses
Que je ne voudrais pas

Les cris jadis perçus
Les coups jadis reçus
Tout se tient à distance
Comme entre vous et moi

Je n’écris pas pour vous
Je lui prête ma voix.​

Hervé Richard, Je n’écris pas pour vous
 

DeletedUser12178

C'est beau une main tendue vers...
Non pour prendre... juste donner
Une main caresse sur un front fatigué
Une main fraîcheur sur un coeur brûlé
Une main douceur sur un corps brisé
C'est chaud une main ouverte
Aux armes qui s'y déposent
Aux larmes qui s'y reposent
Aux cris qui s'y posent
C'est cadeau
Une main offerte ! On n'est jamais heureux
que dans le bonheur qu'on donne.
Donner c'est recevoir.​

Abbé Pierre
 

titpitchounette

Les mains d'Elsa
Poète : Louis Aragon (1897-1982)
Recueil : Le Fou d'Elsa (1963).

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Louis Aragon.
 

DeletedUser14200

Cher ami,
Je suis toute émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre jour que vous aviez
toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
baiser et je voudrais bien que ce soit
une preuve que je puisse être aimée
par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
cul, et si vous voulez me voir ainsi
vous dévoiler, sans artifice, mon âme
toute nue, daignez me faire visite,
nous causerons et en amis franchement
je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
la plus profonde, comme la plus étroite
amitié, en un mot : la meilleure épouse
dont vous puissiez rêver. Puisque votre
âme est libre, pensez que l'abandon ou je
vis est bien long, bien dur et souvent bien
insupportable. Mon chagrin est trop
gros. Accourrez bien vite et venez me le
faire oublier. À vous je veux me sou-
mettre entièrement.
Votre poupée

Georges Sand.

A décoder...

Édit : j'avais oublié les réponses successives de l'échange épistolaire avec Alfred de Musset.

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
Voule-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n'ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots :
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.
Alfred de Musset

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.
George Sand

À décrypter également, mais pas le même code.
 
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leonidasdu69

Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs
Poète : Arthur Rimbaud (1854-1891)
Recueil : Poésies (1870-1871).

À Monsieur Théodore de Banville.

I

Ainsi, toujours, vers l'azur noir
Où tremble la mer des topazes,
Fonctionneront dans ton soir
Les Lys, ces clystères d'extases !

À notre époque de sagous,
Quand les Plantes sont travailleuses,
Le Lys boira les bleus dégoûts
Dans tes Proses religieuses !

- Le lys de monsieur de Kerdrel,
Le Sonnet de mil huit cent trente,
Le Lys qu'on donne au Ménestrel
Avec l'oeillet et l'amarante !

Des lys ! Des lys ! On n'en voit pas !
Et dans ton Vers, tel que les manches
Des Pécheresses aux doux pas,
Toujours frissonnent ces fleurs blanches !

Toujours, Cher, quand tu prends un bain,
Ta chemise aux aisselles blondes
Se gonfle aux brises du matin
Sur les myosotis immondes !

L'amour ne passe à tes octrois
Que les Lilas, - ô balançoires !
Et les Violettes du Bois,
Crachats sucrés des Nymphes noires !...

II

Ô Poètes, quand vous auriez
Les Roses, les Roses soufflées,
Rouges sur tiges de lauriers,
Et de mille octaves enflées !

Quand Banville en ferait neiger,
Sanguinolentes, tournoyantes,
Pochant l'oeil fou de l'étranger
Aux lectures mal bienveillantes !

De vos forêts et de vos prés,
Ô très paisibles photographes !
La Flore est diverse à peu près
Comme des bouchons de carafes !

Toujours les végétaux Français,
Hargneux, phtisiques, ridicules,
Où le ventre des chiens bassets
Navigue en paix, aux crépuscules ;

Toujours, après d'affreux dessins
De Lotos bleus ou d'Hélianthes,
Estampes roses, sujets saints
Pour de jeunes communiantes !

L'Ode Açoka cadre avec la
Strophe en fenêtre de lorette ;
Et de lourds papillons d'éclat
Fientent sur la Pâquerette.

Vieilles verdures, vieux galons !
Ô croquignoles végétales !
Fleurs fantasques des vieux Salons !
- Aux hannetons, pas aux crotales,

Ces poupards végétaux en pleurs
Que Grandville eût mis aux lisières,
Et qu'allaitèrent de couleurs
De méchants astres à visières !

Oui, vos bavures de pipeaux
Font de précieuses glucoses !
- Tas d'oeufs frits dans de vieux chapeaux,
Lys, Açokas, Lilas et Roses !...

III

Ô blanc Chasseur, qui cours sans bas
À travers le Pâtis panique,
Ne peux-tu pas, ne dois-tu pas
Connaître un peu ta botanique ?

Tu ferais succéder, je crains,
Aux Grillons roux les Cantharides,
L'or des Rios au bleu des Rhins, -
Bref, aux Norwèges les Florides :

Mais, Cher, l'Art n'est plus, maintenant,
- C'est la vérité, - de permettre
À l'Eucalyptus étonnant
Des constrictors d'un hexamètre ;

Là !... Comme si les Acajous
Ne servaient, même en nos Guyanes,
Qu'aux cascades des sapajous,
Au lourd délire des lianes !

- En somme, une Fleur, Romarin
Ou Lys, vive ou morte, vaut-elle
Un excrément d'oiseau marin ?
Vaut-elle un seul pleur de chandelle ?

- Et j'ai dit ce que je voulais !
Toi, même assis là-bas, dans une
Cabane de bambous, - volets
Clos, tentures de perse brune, -

Tu torcherais des floraisons
Dignes d'Oises extravagantes !...
- Poète ! ce sont des raisons
Non moins risibles qu'arrogantes !...

IV

Dis, non les pampas printaniers
Noirs d'épouvantables révoltes,
Mais les tabacs, les cotonniers !
Dis les exotiques récoltes !

Dis, front blanc que Phébus tanna,
De combien de dollars se rente
Pedro Velasquez, Habana ;
Incague la mer de Sorrente

Où vont les Cygnes par milliers ;
Que tes strophes soient des réclames
Pour l'abatis des mangliers
Fouillés des Hydres et des lames !

Ton quatrain plonge aux bois sanglants
Et revient proposer aux Hommes
Divers sujets de sucres blancs,
De pectoraires et de gommes !

Sachons parToi si les blondeurs
Des Pics neigeux, vers les Tropiques,
Sont ou des insectes pondeurs
Ou des lichens microscopiques !

Trouve, ô Chasseur, nous le voulons,
Quelques garances parfumées
Que la Nature en pantalons
Fasse éclore ! - pour nos Armées !

Trouve, aux abords du Bois qui dort,
Les fleurs, pareilles à des mufles,
D'où bavent des pommades d'or
Sur les cheveux sombres des Buffles !

Trouve, aux prés fous, où sur le Bleu
Tremble l'argent des pubescences,
Des calices pleins d'Oeufs de feu
Qui cuisent parmi les essences !

Trouve des Chardons cotonneux
Dont dix ânes aux yeux de braises
Travaillent à filer les noeuds !
Trouve des Fleurs qui soient des chaises !

Oui, trouve au coeur des noirs filons
Des fleurs presque pierres, - fameuses ! -
Qui vers leurs durs ovaires blonds
Aient des amygdales gemmeuses !

Sers-nous, ô Farceur, tu le peux,
Sur un plat de vermeil splendide
Des ragoûts de Lys sirupeux
Mordant nos cuillers Alfénide !

V

Quelqu'un dira le grand Amour,
Voleur des sombres Indulgences :
Mais ni Renan, ni le chat Murr
N'ont vu les Bleus Thyrses immenses !

Toi, fais jouer dans nos torpeurs,
Par les parfums les hystéries ;
Exalte-nous vers les candeurs
Plus candides que les Maries...

Commerçant ! colon ! médium !
Ta Rime sourdra, rose ou blanche,
Comme un rayon de sodium,
Comme un caoutchouc qui s'épanche !

De tes noirs Poèmes, - Jongleur !
Blancs, verts, et rouges dioptriques,
Que s'évadent d'étranges fleurs
Et des papillons électriques !

Voilà ! c'est le Siècle d'enfer !
Et les poteaux télégraphiques
Vont orner, - lyre aux chants de fer,
Tes omoplates magnifiques !

Surtout, rime une version
Sur le mal des pommes de terre !
- Et, pour la composition
De poèmes pleins de mystère

Qu'on doive lire de Tréguier
À Paramaribo, rachète
Des Tomes de Monsieur Figuier,
- Illustrés ! - chez Monsieur Hachette !

Arthur Rimbaud.
 

Deleted member 15085

À la forêt de Gastine
Poète : Pierre de Ronsard (1524-1585)
Recueil : Les Odes (1550-1552).

Couché sous tes ombrages verts,
Gastine, je te chante
Autant que les Grecs, par leurs vers
La forêt d'Érymanthe :

Car, malin, celer je ne puis
À la race future
De combien obligé je suis
À ta belle verdure,

Toi qui, sous l'abri de tes bois,
Ravi d'esprit m'amuses ;
Toi qui fais qu'à toutes les fois
Me répondent les Muses ;

Toi par qui de l'importun soin
Tout franc je me délivre,
Lorsqu'en toi je me perds bien loin,
Parlant avec un livre.

Tes bocages soient toujours pleins
D'amoureuses brigades
De Satyres et de Sylvains,
La crainte des Naïades !

En toi habite désormais
Des Muses le collège,
Et ton bois ne sente jamais
La flamme sacrilège !
 

Rivelina

Les caresses des yeux


Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître.

Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.

Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;

Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?​

 

Rivelina

Art poétique


De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.

Paul Verlaine.
 

Rivelina



L'amante
Poète : [URL='https://www.poesie-francaise.fr/poemes-emile-verhaeren/']Émile Verhaeren
(1855-1916)
Recueil : Les forces tumultueuses (1902).

Mon rêve est embarqué sur une île flottante,
Les fils dorés des vents captent, en leurs réseaux,
Son aventure au loin sur la mer éclatante ;
Mon rêve est embarqué, sur une île flottante,
Avec de grandes fleurs et de chantants oiseaux.

Pistils dardés ! pollens féconds et fleurs trémières !
Un rut immense et lourd semble tanguer dans l'air ;
Les blancs magnolias sont des baisers faits chair
Et les senteurs des lys parfument la lumière.

Les pivoines, comme des coeurs
Rouges, brûlent dans la splendeur ;
L'air pantelle d'amour et ses souffles se nouent ;
L'ombre est chaude, comme un sein sous la joue ;
De larges gouttelettes
Choient des branches, infatigablement,
Et les roses et les iris vont se pâmant,
Sur des lits bleus de violettes.

Je me suis embarqué sur une île éclatante
De pampres verts et de raisins vermeils,
Les arbres en sont clairs et leurs branches flottantes
Semblent, de loin en loin, des drapeaux de soleil.
Le bonheur s'y respire, avec sa violence
De brusque embrasement et de torride ardeur.
Le soir, on croit y voir s'entremordre les fleurs
Et les torches des nuits enflammer le silence.

- Y viendras-tu jamais, toi, que mes voeux appellent
Du fond de l'horizon gris et pâle des mers,
Toi dont mon coeur a faim, depuis les jours amers
Et les saisons d'antan des enfances rebelles ?

Mon île est harmonique à ton efflorescence,
Où que tu sois accepte, ainsi que messagers
Partis vers ta beauté sans pair et ta puissance,
Les parfums voyageurs de ses clairs orangers.

Arrive - et nous serons les exaltés du monde,
De la terre, de la forêt et des cieux roux,
L'univers sera mien, quand j'aurai tes genoux
Et ton ventre et ton sein et ta bouche profonde,
A labourer sous mon amour fécond et fou.

Je me suis embarqué, sur une île gonflée
De grands désirs pareils à des souffles venus
D'un pays jeune et ingénu ;
Un fier destin les guide et les condense, ici,
Comme un faisceau de voix, d'appels, de cris,
Au coeur des batailles et des mêlées.

Les yeux des étangs bleus et l'extase des flores
Regarderont passer notre double beauté,
Et les oiseaux, par les midis diamantés,
Scintilleront, ainsi que des joyaux sonores.

Nous foulerons des chemins frais et flamboyants,
Qu'enlacera l'écharpe d'eau des sources pures,
Un air de baume et d'or que chaque aurore épure
Assouplira notre corps en les vivifiant.

Nos coeurs tendus et forts s'exalteront ensemble
Pour plus et mieux comprendre et pour comprendre encor
Sans avoir peur jamais d'un brutal désaccord
Sur la fierté du grand amour qui nous rassemble.

Nous serons doux et fraternels, étant unis.
Tout ce qui vit nous chauffera de son mystère ;
Nous aimerons autant que nous-mêmes la terre ;
Les champs et les forêts, la mer et l'infini.

Nous nous rechercherons, comme de larges proies,
Où tout espoir, où tout désir peut s'assouvir :
Prendre pour partager, et donner pour jouir !
Et confondre ce qui s'échange, avec la joie !

Oh ! vivre ainsi, fervents et éperdus,
Trempés de tout notre être, en les forces profondes
Afin qu'un jour nos deux esprits fondus
Sentent chanter en eux les grandes lois du monde.

Émile Verhaeren.[/URL]
 

AliasMelusine

Mercenaire orc
Il meurt lentement celui qui... [Pablo Neruda]

Il meurt lentement
celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver
grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
ne se risque jamais à changer la couleur
de ses vêtements
ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les cœurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap
lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant !
Risque-toi aujourd’hui !
Agis tout de suite !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d’être heureux !
 

kyhd

Graine divine
Adieu
Paul Verlaine

Hélas ! je n’étais pas fait pour cette haine
Et pour ce mépris plus forts que moi que j’ai.
Mais pourquoi m’avoir fait cet agneau sans laine
Et pourquoi m’avoir fait ce coeur outragé ?

J’étais né pour plaire à toute âme un peu fière,
Sorte d’homme en rêve et capable du mieux,
Parfois tout sourire et parfois tout prière,
Et toujours des cieux attendris dans les yeux ;

Toujours la bonté des caresses sincères,
En dépit de tout et quoi qu’il y parût,
Toujours la pudeur des hontes nécessaires
Dans l’argent brutal et les stupeurs du rut ;

Toujours le pardon, toujours le sacrifice !
J’eus plus d’un des torts, mais j’avais tous les soins.
Votre mère était tendrement ma complice,
Qui voyait mes torts et mes soins, elle, au moins.

Elle n’aimait pas que par vous je souffrisse.
Elle est morte et j’ai prié sur son tombeau ;
Mais je doute fort qu’elle approuve et bénisse
La chose actuelle et trouve cela beau.

Et j’ai peur aussi, nous en terre, de croire
Que le pauvre enfant, votre fils et le mien,
Ne vénérera pas trop votre mémoire,
Ô vous sans égard pour le mien et le tien.

Je n’étais pas fait pour dire de ces choses,
Moi dont la parole exhalait autrefois
Un épithalame en des apothéoses,
Ce chant du matin où mentait votre voix.

J’étais, je suis né pour plaire aux nobles âmes,
Pour les consoler un peu d’un monde impur,
Cimier d’or chanteur et tunique de flammes,
Moi le Chevalier qui saigne sur azur,

Moi qui dois mourir d’une mort douce et chaste
Dont le cygne et l’aigle encor seront jaloux,
Dans l’honneur vainqueur malgré ce vous néfaste,
Dans la gloire aussi des Illustres Époux !
 

Rivelina

Poème pour tenter d'attraper un petit poème
Jean-Pierre Verheggen

Pour tenter comme Raymond Queneau

(encore lui ! Toujours lui !)

d’attraper un petit po, un petit po,

un petit poème

qui passerait par là comme un passereau,

un petit poème indigène

(indigène du pays)

voire un poème plus gros

sans pour autant qu’il soit un phénomène,

un petit poème pour que je puisse poésir

pour moins mourir

ou du moins le moins vite possible

pour pouvoir poésir et poésoir à loisir

pour mieux voir où un petit po,

un petit poème

qu’on attrape sans devoir trop courir

peut tranquillement nous conduire

car poémer, je l’ai déjà tellement fait et défait

et poémir m’a tant et tant fait gémir

que c’est poésir que je veux faire à l’avenir

— à l’avenir et framboise si j’ose me permettre de dire ! —

pour davantage sourire le reste du restant de ma vie

je voudrais même — si j’osais me lâcher ! —

poérire en vérité



(tenez ! je peux vous l’avouer !)



pour bien pouvoir distinguer

parmi mes contemporains

mes comptant leurs sous dans leur tirelire

de mes contents de rire

d’un peu de tout, de mon côté !



En fait, je voudrais pas comme certains

contempourrir sur pied

et continuer à rimer à rien

jusqu’à la saint-glinglin glacé !
 

Rivelina

Les papiers.
Recueil : Varia (1869)

Ton doigt, léger d'abord, puis, timide et tremblant,
M'écrivait sur du papier blanc ;

Un beau matin, ce fut sous la teinte discrète
D'une enveloppe violette,

Que, dissertant sur l'âme et l'amour. . . du bon Dieu,
Tu scellas un fin papier bleu ;

Le soir, tu m'adressas bien ravissante chose,
(T'en souvient-il ?) sur papier rose !

Le lendemain, ton cœur jaloux avait souffert
Et je reçus du papier vert.

Puis, toi qu'on dit si douce et que l'on voit si bonne,
Tu me lanças un papier jaune !...

Et voilà qu'aujourd'hui, pour me mystifier,
Tu prends du papier d'écolier !

Ah ! pour qu'en ces couleurs j'ose ou veuille comprendre
C'est trop méchant ou c'est trop tendre !


Jules Canonge
 
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